← Novel

Le système d'ascension

Chapter 16 / 79

‹›

Chapitre 16 — Les anciennes routes forestières

Le système d'ascension

Le soleil venait à peine de franchir l'horizon lorsque Vaelor quitta la ville.

Accrochée à sa ceinture, l'épée que son père lui avait confiée se balançait doucement au rythme de ses pas. Dans son sac se trouvaient quelques provisions, une gourde, un carnet fourni par la Guilde pour rédiger son rapport, ainsi qu'un petit nécessaire d'herboristerie.

L'air était frais.

Une légère brume recouvrait encore les plaines entourant la cité.

Vaelor inspira profondément.

Depuis son arrivée dans ce monde, il avait déjà parcouru plusieurs sentiers lors de petites missions. Mais cette fois, les choses étaient différentes.

Il était seul.

Aucun autre aventurier ne l'accompagnait.

S'il commettait une erreur, il devrait en assumer seul les conséquences.

Après près d'une heure de marche, la route pavée céda progressivement la place à un ancien chemin de terre.

Les pierres qui le bordaient étaient envahies par la mousse.

Les ronces s'étaient approprié une partie du passage.

Par endroits, les racines des arbres avaient même fissuré les vieilles dalles.

« Voilà donc cette ancienne route commerciale... »

Autrefois, des marchands devaient l'emprunter chaque jour.

Aujourd'hui, seuls le vent et les oiseaux semblaient encore lui tenir compagnie.

Vaelor sortit le carnet de la Guilde.

« Route praticable sur environ trois cents mètres. Présence importante de végétation. Entretien inexistant depuis plusieurs années... »

Il rangea ensuite le carnet.

Son regard continuait pourtant d'examiner les alentours.

Quelque chose le dérangeait.

Tout paraissait... trop calme.

Un bruissement attira son attention.

Sa main se posa instinctivement sur la poignée de son épée.

Quelques secondes plus tard, un simple lapin surgit d'un buisson avant de disparaître entre les arbres.

Vaelor souffla discrètement.

— Je vais finir par me faire peur tout seul...

Il reprit sa marche.

Plus il avançait, plus les traces de l'ancienne route disparaissaient sous la végétation. Les herbes hautes avaient repris leurs droits, et les racines des arbres semblaient vouloir avaler ce qui restait du chemin. Vaelor devait parfois écarter des branches basses pour progresser, ses doigts frôlant l’écorce humide des troncs.

Le silence de la forêt était presque pesant.

Même le vent semblait hésiter à s’y aventurer.

Soudain, une petite plante attira son regard.

Il ralentit immédiatement, puis s’accroupit avec précaution, comme s’il craignait de l’écraser par mégarde.

Des feuilles fines.

Légèrement dentelées sur les bords.

Une odeur mentholée, douce mais distincte, flottait dans l’air dès qu’il s’en approchait.

Une tige violacée, presque brillante sous la lumière filtrée par les feuillages.

Vaelor pencha légèrement la tête.

— De la menthe sauvage... non...

Il plissa les yeux, observant plus attentivement les nervures des feuilles, la couleur de la tige, la manière dont la plante poussait en petit groupe organisé.

— De la menthe d'argent.

Un léger sourire se dessina sur son visage.

Il ne s’agissait pas d’une plante rare, mais elle restait suffisamment précieuse pour les herboristes et les apothicaires de la ville. Elle entrait dans la composition de plusieurs onguents destinés à calmer les inflammations et accélérer la cicatrisation des plaies légères.

Une récolte correcte pouvait lui rapporter un petit bonus à la Guilde.

Mais Vaelor ne se précipita pas.

Il sortit un petit couteau de son sac et commença à dégager délicatement la terre autour de la plante.

Chaque geste était précis, mesuré.

Il prit soin de ne pas abîmer les racines.

« Si je détruis la plante entière, il n'y en aura plus l'année prochaine... »

La voix de sa mère résonna dans son esprit, claire et ferme, comme si elle venait de derrière lui.

Il se revoyait plus jeune, penché à ses côtés, observant ses gestes précis lorsqu’elle préparait des remèdes. Elle était herboriste, et c’était elle qui lui avait appris à reconnaître les plantes, à distinguer celles qui soignent de celles qui empoisonnent, à comprendre aussi qu’aucune d’entre elles ne devait être arrachée sans raison.

Les enseignements de sa mère lui revinrent aussitôt.

Tout comme ceux de ses précédentes missions.

Un bon aventurier ne se contentait pas de prendre.

Il devait aussi préserver.

Ces mots résonnaient dans son esprit comme un écho familier, presque comme une leçon gravée à force d’expérience.

Il déposa soigneusement la plante dans une petite pochette en tissu, prenant le temps de bien replier les bords pour éviter qu’elle ne s’écrase pendant le transport, puis la rangea dans son sac avec une précaution presque cérémonieuse.

Après avoir vérifié que rien n’avait été endommagé autour — ni racines arrachées, ni terre retournée inutilement — Vaelor se redressa et reprit son exploration.

Le chemin devenait de plus en plus difficile à distinguer.

Les herbes hautes avaient repris leurs droits, et les anciennes pierres du sentier disparaissaient sous un tapis de mousse épaisse.

Une dizaine de minutes plus tard, il s’arrêta brusquement.

Son regard venait de capter quelque chose au sol.

Une empreinte.

Puis une deuxième, légèrement plus loin.

Il s’agenouilla immédiatement, posant une main à côté pour stabiliser son équilibre, ses doigts effleurant la terre encore humide.

Elles étaient encore nettes.

Trop nettes pour être anciennes.

Pas suffisamment effacées par la pluie ou la végétation pour appartenir aux derniers marchands ayant emprunté cette route.

Quelqu’un était passé récemment.

Il observa la forme avec attention, suivant les contours du talon, la pression exercée sur la terre humide, la manière dont le sol s’était affaissé sous le poids.

Un seul individu.

Des bottes épaisses, conçues pour la marche prolongée.

Charge légère.

Pas de traces de traînée, pas de sacs lourds, pas de passage multiple.

Direction...

Vaelor suivit la ligne invisible des empreintes du regard.

Elles s’enfonçaient vers la forêt, quittant complètement l’ancien chemin.

Il releva lentement la tête.

La forêt.

Plus dense.

Plus sombre.

Comme si elle avalait la lumière elle-même.

Il fronça les sourcils.

— Quelqu’un... est passé par ici récemment.

Sa voix était basse, presque un murmure, comme s’il craignait que la forêt elle-même puisse l’entendre.

Il resta immobile quelques secondes, analysant la situation, pesant chaque possibilité.

Puis il se redressa lentement, son regard fixé sur les arbres devant lui.

Quelque chose n’était pas normal.

Le rapport de mission indiquait pourtant que cette route était abandonnée.

Alors pourquoi quelqu'un l'utilisait-il encore ?

Et surtout… pourquoi s’enfoncer volontairement dans la forêt plutôt que de suivre le chemin ?

Il décida de suivre discrètement les traces.

Chaque pas était mesuré, contrôlé, presque silencieux.

Les arbres devenaient plus nombreux.

La lumière du soleil filtrait difficilement entre les branches, dessinant des formes instables sur le sol.

Même les chants des oiseaux semblaient avoir disparu, remplacés par un silence lourd, presque artificiel.

Au bout de quelques minutes, il aperçut les restes d'un ancien panneau en bois.

Il était penché, à moitié rongé par le temps et l’humidité.

Les lettres étaient presque effacées.

"... est"

"... ier"

Impossible de lire le reste.

Vaelor plissa les yeux, tenta de deviner, mais abandonna rapidement.

Il sortit son carnet et nota simplement l’emplacement, ainsi que l’état du panneau.

Alors qu'il s'apprêtait à repartir, un bruit métallique résonna au loin.

Cling...

Il se figea instantanément.

Ce n'était pas le bruit d'un animal.

Ce n’était pas naturel.

Quelque chose venait de heurter du métal.

Il retint sa respiration.

Il resta immobile.

Le son ne se reproduisit pas.

Le silence retomba, encore plus pesant qu’avant.

Vaelor hésita.

Continuer ?

Ou revenir avec les informations déjà recueillies ?

Il posa une main sur la garde de son épée.

Le cuir de la poignée était froid sous ses doigts.

La prudence lui disait de rentrer.

Sa curiosité lui soufflait d'avancer encore un peu.

Après quelques instants de réflexion, il choisit une troisième option.

Il contournerait la zone.

S’il découvrait quelque chose d’anormal, il le signalerait immédiatement à la Guilde au lieu d'agir seul.

« Un aventurier vivant vaut mieux qu'un aventurier courageux... »

Cette phrase, souvent répétée par les vétérans de la Guilde, lui revint en mémoire.

Il esquissa un léger sourire, presque imperceptible.

— Sage conseil… comme toujours.

Puis il reprit sa progression.

Sans le savoir, deux silhouettes l’observaient déjà depuis les hauteurs.

Dissimulées derrière les feuillages, elles restaient parfaitement immobiles, comme fondues dans la canopée.

L'une d'elles murmura d'une voix basse :

— Encore un aventurier...

L’autre répondit presque aussitôt, sans détourner le regard :

— Non...

Un court silence suivit, seulement troublé par le vent dans les feuilles.

— Celui-là est plus attentif que les précédents.

Vaelor, lui, continuait d'avancer sans se douter qu'il venait de devenir la cible de regards invisibles.

Le calme de la forêt venait de prendre une tout autre signification.

Et sa mission d'exploration était sur le point de basculer.

‹ PreviousNext ›