Académie Fantasia — soirée d’hiver
La journée avait été longue. William avait passé des heures à s'entraîner, le corps endolori mais le cœur battant. Il savait que Virgile était parti tenter son premier donjon — Kolabrac, un lieu dangereux malgré son rang initial. Il avait tenté plusieurs fois de joindre Virgile. Sans réponse.
« Il est sûrement encore dans le donjon de Kolabrac… son premier vrai test. » murmura-t-il en sortant du complexe sportif.
Le vent glacial siffla entre les couloirs déserts, soulevant les feuilles mortes. Son souffle se transformait en vapeur dans la pénombre. Il resserra son écharpe.
Puis… un son.
Gifle !
Son pas s’arrêta net.
— « Qu’est-ce que… ? »
Une voix féminine. D'abord moqueuse. Puis une supplique. Une autre gifle. Une plainte étranglée.
William suivit le son, jusqu’à un recoin isolé des dortoirs. Et il vit.
Mira, une élève de deuxième année, recroquevillée au sol, les bras enroulés autour de ses genoux. Tremblante. Autour d’elle, un petit groupe de filles. Moqueuses. Hautaines. Le regard brillant d’un plaisir malsain.
Et à leur tête . Une noble arrogante. Sûre de son rang. Sa voix était glaciale, tranchante.
— « Tu vas nier ? Même avec ça ? » lança-t-elle en projetant devant Mira sa montre connectée.
Des images. Floues. Douteuses. Mais surtout hors contexte.
— « S'il vous plaît... ce n’est pas ce que vous croyez… » balbutia Mira, la voix tremblante.
— « Petite garce… Tu crois pouvoir t’accaparer les garçons comme ça ?! » hurla une autre fille avant de lever la main à nouveau.
Gifle. Gifle. Gifle.
— « Assez. »
La voix de William claqua dans l'air comme une lame. Les filles sursautèrent.
Il s’avança, les yeux rivés sur Isabel. Sa mâchoire serrée, ses poings crispés.
— « Vous avez perdu tout sens de l’honneur. »
Isabel le jaugea, les bras croisés, méprisante.
— « Encore un premier année qui joue les héros ? Dégage. Ce n’est pas ton affaire. »
— « Si. Maintenant, ça l’est. »
Il aida Mira à se redresser doucement, la plaçant derrière lui. Puis, il se tourna pleinement vers les harceleuses.
— « Je me fiche de votre statut ou de vos titres. Ce que vous faites est répugnant. »
Le visage d’Isabel se crispa.
— « Tu viens de m’insulter ? Moi ? Une noble ?! »
— « Tu agis comme une barbare. »
— « Barbare ?! »
Son cri fut suivi d’une attaque magique silencieuse. William esquiva de justesse, son entraînement avec Virgile lui sauvant la mise. Il se mit en position de combat.
[Statut de combat — William Red]
Niveau : 5 (F) — Mana : 250/250
Classe : Épéiste
Force : 22 — Dextérité : 20 — Agilité : 24 — Vitalité : 19 — Intelligence : 15 — Esprit : 18
Compétences : Coup rapide (D), Coup puissant (D), Boule de feu (D), Trompe-l’œil (D), Coup perçant (E), Pas léger (E)
Malgré son niveau modeste, ses statistiques étaient excellentes pour une première année, grâce aux astuces de Virgile.
Isabel lança un second sort. Il para. Puis un autre. Il riposta. Et encore.
Une boule de feu fendit l’air — William l’évita de justesse, ses bottes raclant les dalles froides. Il se rapprocha d’un premier adversaire, une fille armée d’une dague courte. Elle tenta une attaque par le flanc, mais il feinta un recul, puis déclencha Coup rapide. Sa lame heurta sa défense magique, la brisant par saturation. Elle tomba en arrière, inconsciente.
Une autre surgit avec un sort de vent tourbillonnant. William activa Pas léger, glissa derrière elle et l’assomma avec le pommeau. Deux à terre.
Une troisième invoqua une lame d’eau. Il esquiva d’un roulé bas, se redressa et utilisa Coup perçant pour lui transpercer l’épaule — en contrôlant sa force. Elle s’écroula.
La quatrième tenta un sort de feu, mais trop lent. William utilisa Trompe-l’œil, une illusion de déplacement qui la désorienta. Il apparut dans son dos. Coup au cou. Elle perdit conscience sans même comprendre.
La cinquième, la plus prudente, usa d’un bouclier magique. William engagea un échange frontal. Leur duel dura plusieurs secondes, feintes et parades serrées. Finalement, Coup puissant brisa la défense et l’envoya rouler plus loin.
Mais elles étaient trop nombreuses.
Il en abattit cinq. Cinq filles au sol, inconscientes.
Mais à bout de souffle, il tomba à genoux. Isabel s’avança, un rictus cruel aux lèvres.
— « Tu pensais pouvoir jouer les chevaliers ? Pathétique. »
Elle leva la main. Une lumière magique pulsa. Mais un cri retentit au loin. Des pas. Des adultes.
— « Ils arrivent ! »
Les filles paniquèrent.
Isabel siffla :
— « Filez ! »
Mais avant de fuir, elle se pencha vers William.
— « Tu as de la chance, petit héros. On se reverra. »
Elle disparut avec les autres.
William, à moitié conscient, parvint à tourner la tête vers Mira, toujours tremblante, mais en sécurité.
— « Tiens bon… » souffla-t-il.
Et il s’effondra, inconscient.
Isabel courait à travers les couloirs de service de l’aile nord, sa respiration courte, le visage crispé par la rage et l’humiliation. Derrière elle, ses complices s’étaient dispersées en silence. Personne n’avait parlé. Personne n’osait.
Elle tourna brusquement dans une galerie désaffectée, bordée de vitraux brisés et de bancs poussiéreux. Là, à l’abri des regards, elle s’arrêta enfin, le souffle haletant, les mains tremblantes.
— « Ce misérable… ce… William. »
Elle frappa le mur du poing. Une étincelle de mana s’échappa involontairement, faisant craquer la pierre.
— « Comment un insecte comme lui peut oser… »
Une silhouette surgit de l’ombre derrière un pilier.
— « Il t’a humiliée. »
Isabel sursauta, puis plissa les yeux.
Un garçon aux cheveux gris, au regard endormi mais perçant, la fixait. Il portait l’uniforme noir réservé aux élèves de la classe spéciale. Son badge ne portait aucun nom.
— « Qui es-tu ? » siffla-t-elle.
— « Un messager. Et je peux t’aider. »
Elle fronça les sourcils, méfiante.
— « Je n’ai pas besoin d’aide. »
— « Tu veux te venger ? Tu veux faire payer ce “héros” de pacotille ? Alors écoute. »
Il tendit une petite sphère de verre noircie, pulsant lentement d’une lumière rouge sang.
— « C’est un objer interdit. »
— « Et alors ? Tu crois que ceux qui règnent ici ont suivi les règles pour arriver là ? Tu veux qu’il tombe ? Tu veux que Mira disparaisse ? Accepte ça. »
Isabel observa la sphère. Puis lentement… referma sa main dessus.
— « Je l’écraserai. »
La silhouette disparut sans un mot, laissant derrière elle un frisson glacial. Isabel resta là un moment, seule dans l’obscurité, le regard durci.
Et dans sa main, la corruption avait commencé à naître.