La lumière crue du matin filtrait à travers les rideaux de l’infirmerie.
Allongé sur un lit, William ouvrit lentement les yeux. Chaque muscle de son corps semblait protester, mais rien n’était cassé. À sa droite, une silhouette familière le fixait avec un mélange d’inquiétude et de soulagement.
Mira.
Elle avait encore des ecchymoses, mais ses blessures étaient déjà en partie soignées. Des bandages propres couvraient ses bras, et une potion lui avait rendu un semblant de couleur.
— « Euh… merci d’être venu à mon secours. » dit-elle d’une voix timide, baissant les yeux.
William lui adressa un sourire calme.
— « Tu n’as pas à me remercier. Je ne pouvais pas rester là, sans rien faire. »
Mira le regarda longuement. Une lueur de gratitude brillait dans ses yeux fatigués.
— « Tu m’as sauvé. Je ne sais pas ce qu’il se serait passé sans toi. »
William détourna le regard, sa mâchoire se serrant à ce souvenir.
— « Personne ne mérite ça. J’ai juste fait ce que n’importe qui aurait dû faire. »
Des pas feutrés résonnèrent dans le couloir. L’infirmière de nuit entra, les talons claquant doucement contre le sol carrelé.
— « Je vais examiner vos blessures. »
Elle s’approcha de William, passa ses mains expertes sur ses bras et ses côtes, puis conclut :
— « Des contusions multiples, mais rien de grave. Vous êtes solide. Un peu de repos et quelques potions feront le reste. »
William pensa aussitôt à Virgile. C'était lui, avec ses entraînements brutaux, qui lui avait appris à encaisser.
L’infirmière se redressa avec un sourire bienveillant.
— « Et si jamais vous ressentez un malaise, venez me voir. Merci d’avoir défendu votre camarade. Si tous les étudiants étaient comme vous… »
Avant qu’il ne puisse répondre, une nouvelle présence entra dans la pièce.
— « Qu’est-ce qui s’est passé ici ? »
William reconnut immédiatement la voix.
Le professeur Frédéric Terne. Monstrologue émérite, et leur professeur référent.
L’infirmière se tourna vers lui et résuma brièvement la situation.
— « Un cas de harcèlement. Cet élève est intervenu à temps pour empêcher le pire. »
Le regard de Frédéric se durcit. Il se tourna vers William.
— « Raconte-moi tout. »
William hocha la tête, sérieux, et décrivit les événements de la veille. L’agression. Les filles. La violence. Il ne maquilla rien.
Le professeur se tourna ensuite vers Mira.
— « Est-ce vrai ? »
Elle acquiesça en silence, les lèvres tremblantes.
— « S’il n’était pas intervenu… je ne sais pas ce qu’elles m’auraient fait. »
— « Tu peux me donner des noms ? »
William prit une inspiration.
— « Je ne les connais pas toutes. Mais l’une s’appelait Isabel. »
Mira leva timidement les yeux.
— « Isabel Scarla. Ilda Smith. Margaux Roncevaux… Ce sont mes camarades. »
Frédéric nota les noms sans poser de questions supplémentaires. Il vit l’état de Mira. Il comprenait.
— « Merci pour vos témoignages. Vous pouvez retourner à vos dortoirs. L’Académie va traiter cette affaire avec toute la rigueur nécessaire. »
William et Mira quittèrent la pièce.
Dehors, l’air était frais. La nuit s’était retirée, mais l’aube semblait hésiter à éclairer complètement les lieux.
William se tourna vers elle.
— « Tu veux que je te raccompagne ? »
Mira lui offrit un petit sourire.
— « Non, ça ira. Grâce à toi, je vais mieux. Vraiment. Merci. »
— « Si jamais tu as besoin… appelle-moi. »
Elle baissa légèrement la tête, puis murmura :
— « Tu ne vas pas me le demander ? »
— « Demander quoi ? »
— « Tu as vu les photos qu’elles ont montrées. Tu dois te faire une idée de… ce que je suis. »
Elle semblait plus jeune, plus fragile qu’elle ne l’était vraiment. William sentit une impulsion étrange, protectrice. Il leva la main, posa délicatement sa paume sur sa tête et la caressa doucement.
— « Je me fiche de ces photos. Le passé ne définit pas le présent. Ce soir, tu n’aurais jamais dû subir ça. Tu ne mérites pas d’être jugée, encore moins punie. »
Il marqua une pause, puis ajouta avec un sourire maladroit :
— « Et… je ne pense pas que tu sois ce genre de fille. »
Mira devint écarlate. William, lui, se figea en réalisant ce qu’il venait de dire.
— « Enfin, je veux dire… tu es… très jolie. Vraiment. Tes cheveux brillent sous la lumière. Tes yeux sont… profonds. Et ta peau a l’air toute douce, et… et… »
Il s’arrêta, horrifié par ses propres mots.
— « Ah. C’est sorti tout seul. »
Mira éclata de rire, nerveuse. Son visage était aussi rouge que celui de William.
— « Idiot. Tu ne parles pas comme ça à une fille… à moins de vouloir sortir avec elle. »
Un silence gêné s’installa.
Puis elle se tourna vers lui.
— « Merci encore. Bonne nuit. »
Elle lui fit un signe avant de disparaître au coin du couloir.
William resta là, figé.
— « C’est une fille bien… Je ne comprends pas pourquoi ça lui est arrivé. »
Puis il serra les poings.
— « Mais cette nuit m’a montré à quel point je suis encore faible. »
Il leva les yeux vers le ciel couvert.
— « La prochaine fois que Virgile part en mission… je serai à ses côtés. »
Et c’est avec cette détermination nouvelle qu’il repartit vers son dortoir.