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Alaric l'immortel

Chapter 1 / 195

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Chapitre 1 — Un ciel étranger

Alaric l'immortel

La pluie martelait le pare-brise.

Alaric serra légèrement le volant tandis que les essuie-glaces luttaient contre les trombes d'eau qui s'abattaient sur l'autoroute. Il était presque minuit et la circulation était devenue rare.

Les phares de sa voiture découpaient un étroit tunnel de lumière dans l'obscurité.

La radio parlait en arrière-plan.

Il n'écoutait pas.

Son esprit vagabondait ailleurs.

Comme souvent.

Depuis plusieurs mois, une étrange sensation l'habitait. L'impression que sa vie avançait sans lui. Chaque journée ressemblait à la précédente. Travail. Appartement. Sommeil. Puis tout recommençait.

Il avait des rêves.

Des projets.

Des voyages qu'il voulait faire.

Des livres qu'il voulait écrire.

Mais il remettait toujours tout à plus tard.

Il poussa un soupir.

— Un jour...

Le mot lui échappa malgré lui.

Un jour.

Toujours un jour.

Jamais aujourd'hui.

Un éclair traversa soudain le ciel.

La route s'illumina.

Puis quelque chose apparut devant lui.

Une silhouette.

Immobile.

Au milieu de la chaussée.

Les yeux d'Alaric s'écarquillèrent.

— Qu'est-ce que...

Il écrasa la pédale de frein.

Les pneus hurlèrent.

Le véhicule dérapa.

Le monde sembla se retourner.

Une seconde.

Deux secondes.

Puis un choc d'une violence inimaginable.

Le métal se plia.

Les vitres explosèrent.

La douleur traversa son corps comme un éclair.

Et tout devint noir.

Le silence.

Un silence absolu.

Alaric ouvrit lentement les yeux.

Pendant plusieurs secondes, il resta immobile.

Il était vivant.

La pensée lui paraissait absurde.

Il se souvenait parfaitement de l'accident.

De l'impact.

De la douleur.

Personne ne pouvait survivre à ça.

Pourtant, il respirait.

Son cœur battait.

Il sentait le vent sur sa peau.

Le jeune homme se redressa brusquement.

Puis il resta figé.

Autour de lui s'étendait une vaste plaine recouverte d'herbes sauvages.

Le soleil brillait haut dans le ciel.

Aucun nuage.

Aucune route.

Aucune voiture.

Aucun bâtiment moderne.

Rien.

Seulement la nature.

À perte de vue.

— Où suis-je... ?

Sa voix se perdit dans le vent. Il se leva.

Ses jambes tremblaient.

Il tourna sur lui-même.

Toujours rien.

Son cœur commença à accélérer.

Il fouilla rapidement ses poches.

Son téléphone était toujours là.

Ses clés également.

Son portefeuille aussi.

Un léger soulagement l'envahit.

Il alluma immédiatement son téléphone.

L'écran resta noir.

Aucune réaction.

— Sérieusement ?

Il tenta encore.

Rien.

La batterie semblait morte.

Il leva les yeux vers le ciel.

Aucun avion.

Aucune ligne blanche.

Aucun bruit de moteur.

Seulement le chant lointain d'oiseaux inconnus.

Une inquiétude sourde commença à grandir dans sa poitrine.

Les heures passèrent.

Le soleil poursuivit lentement sa course.

Alaric marcha sans véritable direction.

Au début, il pensait trouver une route.

Puis un village.

Puis n'importe quel signe de civilisation.

Mais plus le temps passait, plus quelque chose lui semblait étrange.

Les paysages, Les arbres, Même les sentiers.

Tout paraissait différent comme plus sauvage.

Comme si le monde entier avait reculé de plusieurs siècles.

En fin d'après-midi, il aperçut enfin de la fumée.

Son cœur bondit.

— Enfin.

Il accéléra le pas.

Après avoir franchi une colline rocheuse, il découvrit l'origine de cette fumée.

Un village.

Son soulagement dura exactement trois secondes.

Puis il observa les détails.

Les maisons étaient construites en pierre brute.

Les toits étaient recouverts de chaume.

Aucune fenêtre en verre.

Aucun véhicule.

Aucun poteau.

Aucune ligne électrique.

Rien.

Absolument rien.

Une sensation glaciale parcourut son échine.

— Ce n'est pas possible...

Au loin, plusieurs hommes travaillaient dans un champ.

Leurs vêtements ressemblaient à ceux d'une reconstitution historique.

Ils portaient de simples tuniques de laine et des sandales usées.

Dans leurs mains, ils tenaient des outils rudimentaires.

L'un d'eux releva la tête.

Leurs regards se croisèrent.

L'homme resta immobile quelques secondes.

Puis il cria quelque chose.

Alaric entendit une langue qui lui était totalement inconnue.

D'autres habitants tournèrent la tête.

Tous regardèrent Alaric.

Le silence tomba.

Un silence lourd.

Presque oppressant.

Les hommes échangèrent quelques mots rapides.

Puis plusieurs saisirent des lances.

Pas des accessoires.

Pas des décorations.

De véritables armes.

Le cœur d'Alaric rata un battement.

— Attendez...

Son regard se fixa sur les pointes de métal.

Elles avaient l'air réelles.

Trop réelles.

— Je ne vous veux aucun mal !

Aucune réaction.

Les hommes continuaient d'avancer.

Leurs lances brillaient sous les derniers rayons du soleil.

Alaric sentit son cœur battre plus vite.

Tout cela n'avait aucun sens.

Les vêtements.

Les maisons.

Les outils.

Même leur façon de marcher.

On aurait dit qu'ils sortaient d'un documentaire historique.

Ou d'un film à gros budget.

— D'accord... calme-toi...

Sa voix était à peine audible.

Il se força à réfléchir.

Il avait eu un accident.

Un très gros accident.

Peut-être qu'il était encore à l'hôpital.

Peut-être qu'il rêvait.

Peut-être que son cerveau essayait simplement de donner un sens à quelque chose qu'il ne comprenait pas.

Oui.

C'était forcément quelque chose dans ce genre.

Il devait exister une explication rationnelle.

Il en existait toujours une.

Pourtant, plus les inconnus se rapprochaient, plus cette certitude vacillait.

Ils semblaient réels.

Trop réels.

Le vent faisait bouger leurs vêtements.

Le soleil faisait briller leurs armes.

Leurs visages portaient les marques du travail et des années passées sous le soleil.

Rien ne ressemblait à un décor.

Rien ne ressemblait à une mise en scène.

L'un des hommes cria quelque chose.

Une suite de sons incompréhensibles.

Alaric fronça les sourcils.

Ce n'était ni du français.

Ni de l'anglais.

Ni aucune langue qu'il reconnaissait.

Un autre homme répondit.

Puis un troisième.

Toujours cette langue étrange.

Son malaise grandit encore.

Si c'était une reconstitution historique, pourquoi personne ne parlait une langue moderne ?

Pourquoi n'y avait-il aucun touriste ?

Aucune caméra ?

Aucun véhicule ?

Pourquoi était-il seul ?

Le soleil poursuivait lentement sa descente derrière les collines.

Les ombres s'allongeaient sur la terre sèche.

Les hommes n'étaient plus qu'à quelques dizaines de mètres.

Alaric inspira profondément.

Puis il leva lentement les mains pour montrer qu'il n'était pas armé.

Quoi qu'il se passe, il allait devoir leur parler.

Et peut-être obtenir enfin des réponses.

Sans le savoir, Alaric venait d'entrer dans le plus grand mystère de toute son existence.

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