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Alaric l'immortel

Chapter 2 / 195

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Chapitre 2 — L'étranger

Alaric l'immortel

Les hommes s'arrêtèrent à quelques mètres de lui.

Personne ne parlait.

Personne ne bougeait.

Le vent faisait doucement onduler les hautes herbes entre eux.

Pendant quelques secondes, le temps sembla suspendu.

Alaric gardait les mains levées.

Son cœur battait si fort qu'il l'entendait presque dans ses oreilles.

Chaque pulsation résonnait dans sa poitrine.

Il avait l'impression que les villageois pouvaient l'entendre eux aussi.

Les habitants l'observaient avec une méfiance évidente.

Leurs regards passaient sans cesse de son visage à ses vêtements.

Puis à ses chaussures.

Puis revenaient à son visage.

Comme s'ils cherchaient à comprendre ce qu'il était.

Ou d'où il venait.

Alaric remarqua alors plusieurs détails qu'il n'avait pas vus de loin.

Les hommes portaient des tuniques simples de laine ou de lin.

Certaines étaient usées.

D'autres rapiécées à plusieurs endroits.

Leurs bras étaient bronzés par le soleil.

Leurs mains épaisses témoignaient d'années de travail manuel.

Aucun ne ressemblait à un soldat professionnel.

Et pourtant, plusieurs tenaient des armes.

Des lances.

Des couteaux.

Des bâtons renforcés.

Des outils qui pouvaient facilement devenir mortels.

L'un d'eux fit un pas en avant.

C'était un homme robuste d'une quarantaine d'années.

Son visage était marqué par le soleil et le travail.

Des rides profondes entouraient ses yeux.

Sa barbe sombre était parsemée de quelques mèches grises.

Dans sa main droite, il tenait une lance.

Une vraie lance.

Pas une réplique.

Pas un accessoire.

Une arme faite pour tuer.

L'homme dit quelque chose.

Sa voix était grave.

Autoritaire.

Alaric ne comprit pas un seul mot.

Les sons étaient étranges.

Rudes.

Très différents de toutes les langues qu'il connaissait.

Ce n'était ni de l'anglais.

Ni du français.

Ni de l'allemand.

Ni aucune langue moderne qu'il avait déjà entendue.

Les syllabes semblaient plus courtes.

Plus sèches.

Comme si elles appartenaient à un autre temps.

— Je suis désolé, je ne comprends pas.

Sa propre voix lui parut soudain étrange.

Déplacée.

Comme si elle n'avait rien à faire ici.

Aussitôt, plusieurs hommes échangèrent des regards.

L'inconnu répéta sa phrase.

Plus lentement cette fois.

Comme si cela pouvait aider.

Comme si Alaric était simplement un voyageur venu d'une région voisine.

— Je ne comprends pas, répéta Alaric.

L'homme fronça les sourcils.

Puis il lança quelques mots rapides aux autres villageois.

L'atmosphère devint immédiatement plus tendue.

Alaric le sentit presque physiquement.

Deux hommes avancèrent sur les côtés.

Un troisième se plaça derrière lui.

Un autre resserra sa prise sur sa lance.

Alaric sentit son estomac se nouer.

Ils avaient peur de lui.

Ou ils le considéraient comme une menace.

Peut-être les deux.

— Hé... doucement...

Il leva encore davantage les mains.

— Je ne suis pas dangereux.

Aucune réaction.

Bien sûr.

Ils ne comprenaient pas davantage que lui.

Pendant quelques secondes, personne ne bougea.

Le silence devenait presque insupportable.

Puis l'homme à la lance fit un geste vers lui.

Un geste simple.

Tourner sur lui-même.

Alaric hésita.

Son instinct lui criait de ne pas obéir.

Mais son instinct lui rappelait aussi qu'il était seul face à plusieurs hommes armés.

L'homme répéta son ordre d'un ton plus ferme.

Finalement, il obéit.

Les villageois s'approchèrent immédiatement.

Ils le fouillèrent avec prudence.

Comme s'ils craignaient qu'il sorte soudain une arme inconnue.

L'un d'eux trouva son portefeuille.

Il le retourna plusieurs fois entre ses doigts.

L'ouvrit.

Découvrit les cartes bancaires.

Les billets.

Les photographies.

Son incompréhension était évidente.

Un autre récupéra son téléphone.

Les objets passèrent de main en main.

Les habitants les observaient avec curiosité.

Avec méfiance aussi.

L'un des plus jeunes appuya sur l'écran noir du téléphone.

Rien ne se produisit.

La batterie était morte depuis longtemps.

Il secoua l'objet.

Le porta à son oreille.

Puis lança un regard interrogateur aux autres.

Un vieil homme prit le téléphone à son tour.

Le fit tourner dans tous les sens.

Tapota l'écran du doigt.

Puis haussa les épaules.

Malgré la situation, Alaric sentit presque un sourire lui échapper.

Presque.

Mais la peur était encore trop présente.

Les villageois semblaient incapables de comprendre ce qu'ils avaient entre les mains.

Et lui était incapable de comprendre ce qu'ils disaient.

Deux mondes complètement différents se faisaient face.

Deux réalités qui n'auraient jamais dû se rencontrer.

Après plusieurs minutes d'inspection, l'homme à la lance prit une décision.

Il échangea quelques mots avec les autres.

Plusieurs acquiescèrent.

Puis il pointa le village du bout de son arme.

Puis regarda Alaric.

Le message était clair.

Viens.

Alaric déglutit.

Il n'avait pas vraiment le choix.

Sous l'escorte des habitants, il commença à marcher.

Les hommes restaient suffisamment proches pour l'empêcher de fuir.

Mais suffisamment loin pour réagir s'il tentait quelque chose.

Ils étaient prudents.

Très prudents.

À mesure qu'ils avançaient, il remarqua que les regards continuaient de se poser sur lui.

Avec son mètre quatre-vingt-cinq, il avait toujours été considéré comme plutôt grand.

Mais ici, la différence semblait beaucoup plus marquée.

Même les hommes les plus robustes du groupe paraissaient plus petits que lui.

Ses cheveux blonds attiraient également l'attention.

Plusieurs villageois le regardaient avec insistance.

Certains échangeaient même quelques mots en le désignant discrètement.

Des enfants sortis des maisons le fixaient sans la moindre gêne.

Comme s'ils observaient une créature étrange.

Pour eux, il devait ressembler à un étranger venu d'une terre très lointaine.

Et sans le savoir, ils étaient probablement plus proches de la vérité qu'ils ne pouvaient l'imaginer.

Le soleil disparaissait lentement derrière les collines.

L'obscurité gagnait du terrain.

Le ciel prenait des teintes orangées puis violettes.

Les ombres s'allongeaient sur les chemins de terre.

À mesure qu'ils approchaient, le village révélait davantage de détails.

Les maisons étaient encore plus primitives qu'il ne l'avait cru de loin.

Les murs étaient faits de pierre brute.

Les toits étaient recouverts de chaume.

Aucune vitre.

Aucune cheminée moderne.

Aucune trace d'électricité.

Aucun poteau.

Aucun câble.

Aucune route goudronnée.

Même l'odeur était différente.

Un mélange de fumée, de terre humide, de bois brûlé et d'animaux.

Une odeur forte.

Une odeur ancienne.

Une odeur qui semblait sortir directement d'un livre d'histoire.

Lorsqu'ils pénétrèrent dans le village, les habitants interrompirent progressivement leurs activités.

Des femmes sortirent des habitations.

Certaines tenaient encore des paniers.

D'autres portaient des enfants dans leurs bras.

Des vieillards se levèrent lentement de leurs sièges.

Des enfants accoururent.

Tous observaient Alaric.

Tous.

Les conversations s'interrompaient à son passage.

Puis reprenaient aussitôt à voix basse.

Il avait l'impression d'être un animal étrange exposé devant une foule.

Le groupe traversa plusieurs ruelles étroites avant d'arriver devant une bâtisse plus grande que les autres.

Elle semblait servir de lieu de réunion.

Ou de maison commune.

L'homme à la lance poussa la porte.

Puis il fit signe à Alaric d'entrer.

L'intérieur était sombre.

Une lampe à huile diffusait une lumière vacillante.

Les ombres dansaient sur les murs de pierre.

Quelques hommes étaient déjà présents.

Leurs regards se tournèrent immédiatement vers lui.

Une discussion animée éclata.

Les voix montèrent rapidement.

Certains semblaient méfiants.

D'autres simplement intrigués.

Alaric ne comprenait toujours rien.

Pas un mot.

Pour la première fois depuis son réveil, il ressentit véritablement le poids de sa situation.

Il était seul.

Complètement seul.

Personne ne parlait sa langue.

Personne ne connaissait son monde.

Et il ne connaissait pas le leur.

L'un des anciens s'approcha finalement.

L'homme avait les cheveux gris et une barbe épaisse.

Son dos était légèrement voûté.

Mais son regard demeurait vif.

Intelligent.

Il observa longuement Alaric.

Ses vêtements.

Ses chaussures.

Son visage.

Comme s'il essayait de résoudre une énigme.

Puis il prononça quelques mots d'un ton calme.

Alaric secoua lentement la tête.

— Je ne comprends pas.

L'ancien répéta.

Encore.

Et encore.

Toujours sans résultat.

Ils essayèrent même plusieurs formulations différentes.

Plusieurs hommes participèrent.

Chacun proposant quelques mots.

Quelques phrases.

Rien ne fonctionna.

Finalement, l'ancien poussa un soupir.

Puis il fit apporter un morceau de pain et une coupe d'eau.

Alaric hésita.

Son estomac choisit pour lui.

Il n'avait presque rien mangé depuis son réveil.

Le pain était grossier.

Dense.

Bien différent de ce qu'il connaissait.

Mais il lui sembla délicieux.

Il accepta.

Les habitants observèrent chacun de ses gestes tandis qu'il mangeait.

Comme s'ils étudiaient un animal inconnu.

Comme s'ils cherchaient à déterminer s'il était réellement humain.

La situation aurait été absurde dans n'importe quel autre contexte.

Mais plus le temps passait, moins Alaric trouvait cela drôle.

Une fois son repas terminé, plusieurs hommes l'accompagnèrent jusqu'à une petite pièce voisine.

Il n'y avait presque rien à l'intérieur.

Une simple couche de paille.

Une couverture grossière.

Et une petite ouverture dans le mur servant de fenêtre.

L'un des hommes désigna la couche.

Puis referma la porte derrière lui.

Le bruit du verrou résonna distinctement.

Alaric resta immobile plusieurs secondes.

Le silence revint.

Pour la première fois depuis son arrivée, il était seul.

Vraiment seul.

Il s'assit lentement sur la paille.

Puis passa une main sur son visage.

Tout cela semblait irréel.

L'accident.

La plaine.

Le village.

Cette langue inconnue.

Ces gens.

Il cherchait encore une explication logique.

N'importe laquelle.

Un rêve.

Une expérience.

Une hallucination.

Quelque chose.

Mais plus les heures passaient, plus cette explication lui échappait.

Finalement, il s'allongea.

La fatigue accumulée tout au long de la journée devenait écrasante.

Ses muscles étaient douloureux.

Sa tête lui faisait mal.

Au-dehors, il entendait encore quelques voix.

Des chiens.

Le bruit du vent.

Le craquement du bois.

Puis peu à peu, le village s'endormit.

Alaric fixa longtemps le plafond obscur.

Les pensées tournaient sans cesse dans son esprit.

Sans réponse.

Sans logique.

Avant qu'une dernière pensée ne traverse son esprit.

Demain.

Demain, il trouverait des réponses.

Il ignorait encore que les réponses qu'il cherchait allaient bouleverser tout ce qu'il croyait savoir sur le monde.

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