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Alaric l'immortel

Chapter 10 / 195

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Chapitre 10 — Celui qui revenait toujours

Alaric l'immortel

Les jours devinrent des semaines.

Et les semaines devinrent des mois.

Chaque matin, Alaric se présentait sur le terrain d'entraînement.

Chaque matin, il recevait une correction.

Chaque matin, il repartait couvert de bleus.

Et chaque matin suivant, il revenait.

Encore.

Toujours.

Au début, les recrues trouvaient cela amusant.

L'étranger blond.

Le géant incapable de tenir un bâton correctement.

Ils riaient.

Se moquaient.

Pariaient sur le temps qu'il lui faudrait avant d'abandonner.

Mais les jours passaient.

Puis les semaines.

Et Alaric continuait de revenir.

Inlassablement.

Même lorsque son visage était tuméfié.

Même lorsque ses bras tremblaient de fatigue.

Même lorsqu'il boitait.

L'instructeur ne lui accordait aucun traitement particulier.

Au contraire.

Il semblait même plus sévère avec lui qu'avec les autres.

Chaque erreur était punie.

Chaque hésitation corrigée.

Chaque faiblesse exploitée.

Alaric avait rapidement compris pourquoi.

À Sparte, la pitié n'existait pas sur un terrain d'entraînement.

Un matin, il reçut un coup particulièrement violent.

Le bâton de son adversaire s'écrasa contre ses côtes.

Une douleur fulgurante traversa son flanc.

Il entendit presque quelque chose craquer.

Le souffle coupé, il tomba à genoux.

Le monde vacilla.

Pendant quelques secondes, il fut incapable de respirer.

Les recrues observaient en silence.

Certaines grimacèrent.

Même pour elles, le coup avait été brutal.

L'instructeur s'approcha.

— Debout.

Alaric serra les dents.

Puis se releva.

Lentement.

Difficilement.

Mais il se releva.

Cette nuit-là fut l'une des pires.

Chaque respiration ressemblait à un coup de couteau.

Dormir était impossible.

Bouger était douloureux.

Et pourtant...

Lorsque le soleil se leva, quelque chose lui sembla étrange.

La douleur était toujours là.

Mais moins forte.

Beaucoup moins forte.

Trop peu forte.

Il resta longtemps assis sur sa couche.

La main posée sur ses côtes.

Essayant de comprendre.

Une blessure pareille aurait dû l'immobiliser pendant des semaines.

Peut-être des mois.

Or il pouvait déjà marcher.

Les jours suivants furent encore plus troublants.

La douleur continuait de diminuer.

Anormalement vite.

À la fin de la semaine, il pouvait presque courir.

Deux semaines plus tard, la blessure semblait avoir disparu.

Complètement.

Alaric garda cette découverte pour lui.

Il n'était pas certain de comprendre ce qui se passait.

Mais il savait une chose.

Ce n'était pas normal.

L'instructeur, lui aussi, semblait avoir remarqué quelque chose.

Un soir, après l'entraînement, il observa longuement Alaric.

Puis il désigna son flanc.

— Ta blessure.

Alaric resta prudent.

— Elle va mieux.

Le vétéran fronça légèrement les sourcils.

— Trop vite.

— J'ai toujours récupéré rapidement.

— Non.

Alaric releva la tête.

— Non ?

— J'ai vu des hommes robustes. J'ai vu des guerriers survivre à des blessures qui auraient dû les tuer.

L'instructeur désigna ses côtes.

— Mais une blessure comme celle-là ne disparaît pas en quelques jours.

Alaric sentit son cœur accélérer.

— Peut-être que tu t'es trompé.

Le vétéran resta silencieux.

Quelques secondes passèrent.

Puis il haussa les épaules.

— Peut-être.

Son regard resta fixé sur Alaric.

— Ou peut-être pas.

Puis il tourna les talons et s'éloigna.

Mais Alaric avait compris.

L'homme avait remarqué.

Peut-être pas toute la vérité.

Mais suffisamment pour commencer à se poser des questions.

À la fin de la journée, alors que le soleil disparaissait derrière les collines de Sparte, l'instructeur s'approcha une nouvelle fois.

Les recrues terminaient leur entraînement.

Certaines rangeaient les armes.

D'autres discutaient entre elles.

Le vétéran observa Alaric pendant quelques instants.

Puis demanda :

— Tu sais ce que j'ai pensé le premier jour où je t'ai vu ?

Alaric secoua la tête.

— Non.

— Que tu étais un idiot.

Plusieurs recrues éclatèrent de rire.

Alaric leva les yeux au ciel.

— Tu étais grand.

— Je le suis toujours.

Quelques rires retentirent.

Même le vétéran sembla retenir un sourire.

— Tu étais grand, ignorant et incapable de tenir correctement un bâton.

— Ça, je ne peux pas vraiment le nier.

— Tu as interrompu un entraînement spartiate.

— Je voulais aider.

— Exactement.

Cette fois, même Alaric ne put s'empêcher de rire.

Le vétéran croisa les bras.

— Tu tombes encore trop souvent.

— Je travaille dessus.

— Tes appuis sont mauvais.

— Je travaille dessus aussi.

— Tu attaques comme un bûcheron ivre.

— Celle-là, je travaille encore dessus.

Les recrues éclatèrent de rire.

L'instructeur laissa passer quelques secondes.

Puis son expression redevint sérieuse.

— Mais...

Le terrain devint silencieux.

— Tu apprends.

Alaric resta immobile.

Le vétéran poursuivit :

— Et surtout...

Son regard se planta dans celui du jeune homme.

— Tu reviens toujours.

Personne ne riait désormais.

Les recrues observaient la scène avec attention.

Parce qu'elles comprenaient ce que cela signifiait.

La force pouvait être développée.

La technique pouvait être enseignée.

Mais la volonté...

La volonté était beaucoup plus rare.

Le vétéran désigna alors le terrain.

— Demain à l'aube.

— Pour l'entraînement ?

— Non.

Alaric fronça les sourcils.

— Non ?

— Pour souffrir davantage.

Cette fois, le terrain entier éclata de rire.

Même Alaric.

Et pour la première fois depuis son arrivée à Sparte...

Il eut réellement l'impression d'appartenir à cet endroit.

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