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Alaric l'immortel

Chapter 11 / 195

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Chapitre 11 — Les années de fer

Alaric l'immortel

Les mois passèrent.

Au début, Alaric avait l'impression que chaque journée durait une éternité.

Chaque muscle douloureux.

Chaque exercice interminable.

Chaque correction de l'instructeur.

Chaque erreur.

Chaque humiliation.

Il se couchait épuisé et se réveillait avec la sensation de n'avoir fermé les yeux qu'un instant.

Puis les saisons commencèrent à défiler.

L'été brûlant céda sa place aux pluies.

Les pluies laissèrent place au froid.

Puis la chaleur revint.

Encore.

Et encore.

Avant même qu'il ne s'en rende compte, une année entière s'était écoulée.

Puis une autre.

Le temps semblait s'écouler différemment depuis son arrivée à Sparte.

Comme si les jours étaient longs mais les années courtes.

Comme si sa nouvelle vie avançait à un rythme qui lui échappait.

Chaque journée se ressemblait.

Réveil avant l'aube.

Le froid mordant du matin.

Les exercices avant même que le soleil ne soit complètement levé.

Les repas rapides.

Le travail.

Les entraînements.

Les douleurs.

Le repos.

Puis recommencer.

Encore.

Et encore.

Et encore.

Au début, Alaric comptait les jours.

Il se souvenait précisément du nombre de levers de soleil depuis son arrivée.

Il marquait mentalement chaque semaine.

Chaque mois.

Comme si cela pouvait l'aider à conserver un lien avec la vie qu'il avait perdue.

Puis il cessa progressivement.

Parce que les chiffres perdaient leur importance.

Parce que regarder en arrière ne changeait rien.

Parce qu'il avait compris qu'il ne rentrerait probablement jamais chez lui.

Finalement, il arrêta complètement.

Parce que seule une chose comptait désormais.

Progresser.

Devenir plus fort.

Plus rapide.

Plus compétent.

Chaque journée devait servir à cela.

Chaque effort.

Chaque blessure.

Chaque échec.

Son corps avait changé.

Au point qu'il avait parfois du mal à reconnaître l'homme qu'il voyait dans l'eau calme des bassins ou dans le reflet poli d'une lame.

Ses épaules étaient plus larges.

Ses bras plus puissants.

Ses mains couvertes de callosités.

Son dos portait les marques de milliers d'heures d'entraînement.

Les années de travail physique et d'entraînement spartiate avaient transformé le jeune homme venu du XXIe siècle.

Le corps relativement ordinaire qu'il possédait autrefois avait disparu.

Remplacé par celui d'un homme forgé par l'effort.

Il restait grand.

Toujours plus grand que la plupart des hommes qu'il croisait.

Mais désormais, sa carrure attirait autant l'attention que sa taille.

Les nouveaux venus le regardaient parfois avec respect.

Ou avec méfiance.

Certains supposaient même qu'il avait toujours été un guerrier.

Ils ignoraient tout du jeune homme perdu qui avait débarqué ici des années auparavant.

Il ressemblait enfin à un guerrier.

Du moins extérieurement.

Car l'instructeur refusait toujours de le considérer comme tel.

Le vétéran semblait avoir fait de cette mission une affaire personnelle.

Peu importe les progrès d'Alaric.

Peu importe ses résultats.

Il trouvait toujours quelque chose à critiquer.

Toujours.

Un matin, après un exercice particulièrement difficile, Alaric parvint enfin à exécuter une série de mouvements sans commettre la moindre erreur.

Il était presque fier de lui.

Presque.

L'instructeur l'observa quelques secondes.

Puis déclara :

— Tu tiens mieux ton bâton.

— Merci.

— Cela ne signifie pas que tu sais t'en servir.

— Tu sais vraiment complimenter les gens.

— Pourquoi gaspiller des compliments ?

— Parce qu'ils motivent parfois.

— La douleur motive davantage.

Alaric soupira.

Plusieurs recrues éclatèrent de rire.

Même lui finit par sourire.

Avec le temps, il avait compris quelque chose.

Lorsque le vétéran cessait de critiquer un homme, c'était souvent parce qu'il avait abandonné l'idée de le voir progresser.

Le fait qu'il continue à le pousser signifiait donc quelque chose.

Même si l'homme ne l'aurait jamais admis.

Avec le temps, il avait fini par se faire des amis.

De véritables amis.

Pas seulement des compagnons d'entraînement.

Pas seulement des hommes qu'il croisait chaque jour.

Des amis.

Des hommes avec qui il partageait ses repas.

Avec qui il riait.

Avec qui il discutait tard dans la nuit lorsque les exercices étaient terminés.

Des hommes qui lui faisaient confiance.

Et auxquels il faisait confiance en retour.

Cette idée l'aurait surpris autrefois.

Lorsqu'il était arrivé à Sparte, il avait eu l'impression d'être seul au monde.

Maintenant, ce n'était plus le cas.

Parmi eux se trouvait Nikandros.

Un Spartiate de son âge.

Rapide.

Arrogant.

Extrêmement fier de lui.

Et probablement incapable de rester sérieux plus de quelques minutes.

Leur rivalité était devenue célèbre parmi les recrues.

Parce qu'ils passaient leur temps à se provoquer.

— Je t'ai encore battu aujourd'hui.

— De justesse.

— Une victoire reste une victoire.

— Tu répètes ça tous les jours.

— Parce que je gagne tous les jours.

— Un jour je te battrai.

Nikandros éclata de rire.

— Quand les Perses apprendront à voler.

— Tu manques d'imagination.

— Et toi de vitesse.

— Je vais finir par te frapper.

— Tu essaies déjà.

Les autres éclatèrent de rire.

Alaric aussi.

Même s'il détestait admettre que Nikandros avait souvent raison.

Les années continuaient de s'écouler.

Et malgré les plaisanteries, les écarts se réduisaient.

Lentement.

Très lentement.

Mais ils se réduisaient.

Au début, Nikandros le dominait dans presque tous les exercices.

Puis seulement dans la plupart.

Puis dans certains.

Alaric ne possédait pas le talent naturel de plusieurs Spartiates.

Il le savait.

Eux aussi.

Certains hommes semblaient nés pour la guerre.

Leurs mouvements étaient instinctifs.

Leurs réflexes naturels.

Leurs progrès rapides.

Ce n'était pas son cas.

Chaque amélioration lui coûtait.

Chaque compétence devait être gagnée.

Arrachée.

Construite.

Mais il compensait autrement.

Par le travail.

Par l'endurance.

Par une détermination presque obsessionnelle.

Lorsqu'un exercice échouait, il recommençait.

Lorsqu'il tombait, il se relevait.

Lorsqu'il était battu, il revenait le lendemain.

Encore.

Et encore.

Jusqu'à réussir.

Et par quelque chose d'autre.

Quelque chose qu'il gardait secret.

Sa guérison.

Les blessures continuaient d'arriver.

Très souvent.

C'était inévitable.

Les entraînements spartiates ne pardonnaient rien.

Entorses.

Fractures.

Luxations.

Plaies profondes.

Côtes fêlées.

Doigts cassés.

Il avait connu tout cela.

Parfois plusieurs fois.

Mais son corps récupérait toujours.

Plus vite.

Toujours plus vite.

Trop vite.

Au début, il avait cru que personne ne remarquerait.

Puis il avait compris son erreur.

Les guerriers observent.

Ils remarquent les détails.

Ils savent combien de temps une blessure est censée durer.

Et la sienne disparaissaient bien trop rapidement.

Un soir, Nikandros remarqua quelque chose.

Les deux hommes terminaient leur repas après une journée particulièrement éprouvante.

Autour d'eux, les conversations remplissaient la salle.

Le Spartiate désigna soudain le bras d'Alaric.

— Où est passée ta blessure ?

Alaric releva la tête.

— Quelle blessure ?

— Celle d'il y a trois jours.

Alaric sentit immédiatement une pointe d'inquiétude.

— Elle a guéri.

Nikandros fronça les sourcils.

— En trois jours ?

— Oui.

— Ce n'est pas normal.

— Peut-être qu'elle était moins grave que prévu.

— Je l'ai vue.

— Alors peut-être que je suis robuste.

Nikandros le fixa quelques secondes.

— Non.

— Non ?

— Non.

— Toi aussi ?

— J'ai déjà entendu cette excuse.

Alaric se figea.

— Qui l'a utilisée ?

— Toi.

Le Spartiate éclata de rire.

Alaric finit par rire lui aussi.

Mais intérieurement, son malaise demeura.

Malgré l'humour, Alaric sentit une légère inquiétude grandir.

De plus en plus de gens remarquaient sa récupération.

Pas seulement Nikandros.

D'autres recrues aussi.

Quelques vétérans.

Même certains guérisseurs.

Pour le moment, personne n'insistait.

Personne ne semblait réellement soupçonner quoi que ce soit.

Mais cela ne durerait pas éternellement.

Un jour, quelqu'un poserait les bonnes questions.

Et il n'avait aucune réponse à donner.

Quelques semaines plus tard, l'instructeur le convoqua.

Seul.

Ce simple détail suffisait à rendre Alaric nerveux.

Le vétéran était assis à l'ombre d'un arbre.

Comme souvent.

Les bras croisés.

Le regard perdu vers les terrains d'entraînement.

— Assieds-toi.

Alaric obéit.

L'homme resta silencieux quelques instants.

Assez longtemps pour devenir inconfortable.

Puis demanda :

— Pourquoi veux-tu devenir plus fort ?

La question surprit Alaric.

Il s'attendait à tout sauf à cela.

— Pour survivre.

— Tout le monde veut survivre.

— Alors pour protéger ceux qui comptent pour moi.

— Qui ?

Alaric ouvrit la bouche.

Puis s'arrêta.

La réponse était plus compliquée qu'elle n'aurait dû l'être.

Sa famille était morte depuis longtemps.

Du moins pour lui.

Ses amis du XXIe siècle étaient probablement poussière depuis des millénaires.

Même s'ils n'étaient pas encore nés.

La pensée lui arracha un frisson.

Pendant quelques secondes, il resta silencieux.

Réfléchissant.

Puis il pensa à Nikandros.

Aux recrues.

Aux hommes avec qui il vivait depuis des années.

À ceux qui l'avaient accepté malgré ses différences.

Finalement, il répondit :

— Les gens qui sont ici.

Le vétéran l'observa longuement.

Comme s'il cherchait quelque chose dans son regard.

Puis hocha lentement la tête.

— C'est une meilleure réponse.

Lorsque l'entretien prit fin, le soleil commençait à disparaître derrière les collines.

Le ciel se teintait d'orange et de rouge.

Les terrains d'entraînement se vidaient progressivement.

Alaric se leva.

Puis s'apprêta à partir.

Mais la voix du vétéran l'arrêta.

— Alaric.

— Oui ?

— Tu n'es plus l'étranger arrivé ici il y a des années.

Le jeune homme resta silencieux.

Ces mots avaient plus de poids qu'ils n'en avaient l'air.

— Tu as encore beaucoup à apprendre.

— Je sais.

— Mais aujourd'hui...

Le vétéran hésita.

Comme si les mots lui coûtaient.

Comme s'il n'avait pas l'habitude de prononcer ce genre de phrase.

— Aujourd'hui, je pourrais te confier un bouclier dans une bataille.

Alaric resta figé.

Le monde sembla s'arrêter un instant.

Pour n'importe quel autre homme, cette phrase aurait pu sembler banale.

Pour un Spartiate...

C'était immense.

Peut-être le plus grand compliment qu'il avait jamais reçu.

Une reconnaissance.

Une preuve de confiance.

Quelque chose qu'il avait poursuivi pendant des années sans même s'en rendre compte.

Le vétéran détourna immédiatement le regard.

Comme s'il regrettait déjà d'avoir parlé.

Comme si montrer la moindre émotion lui était physiquement douloureux.

— Ne me fais pas changer d'avis.

Un sourire apparut sur le visage d'Alaric.

Un vrai sourire.

Rare.

— J'essaierai.

— Tu échoueras probablement.

— Merci.

— De rien.

Et tandis qu'il quittait le terrain d'entraînement, Alaric réalisa quelque chose.

Sans même s'en rendre compte.

Les années avaient passé.

Il n'était plus un voyageur perdu.

Il n'était plus un étranger.

Il n'était plus l'homme terrifié qui s'était réveillé seul dans un monde disparu depuis des millénaires.

Pour la première fois depuis son arrivée dans ce monde...

Il était devenu un guerrier.

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