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Alaric l'immortel

Chapter 12 / 195

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Chapitre 12 — Le compte à rebours

Alaric l'immortel

Les années avaient passé.

Alaric n'aurait su dire exactement combien.

Trois ?

Quatre ?

Peut-être davantage.

Le temps s'était transformé en une longue succession d'entraînements, de combats et de journées passées sous le soleil de Sparte.

Parfois, il lui arrivait de repenser à son ancienne vie.

À son appartement.

À sa voiture.

À son téléphone désormais inutile.

Mais ces souvenirs devenaient flous.

Comme un rêve dont il ne restait que quelques images.

Et cette pensée lui faisait peur.

Un soir, alors qu'il partageait un repas avec Nikandros autour du feu, plusieurs vétérans partageaient du vin tout en discutant des affaires du monde grec.

Alaric écoutait d'une oreille distraite.

Jusqu'à ce qu'il entende un mot.

Perse.

Immédiatement, son attention se focalisa sur la conversation.

— Les marchands venus d'Ionie racontent que Xerxès rassemble encore des hommes.

— Les Perses rassemblent toujours des hommes.

— Pas comme cette fois.

— Tu répètes la même chose chaque année.

Le premier vétéran secoua la tête.

— Non. Cette fois, c'est différent.

Nikandros leva les yeux au ciel.

— Les Perses sont toujours différents.

Puis ils arrivent.

Ils meurent.

Et nous buvons pour célébrer.

Plusieurs hommes rirent.

Mais les plus âgés restèrent sérieux.

Alaric remarqua immédiatement ce détail.

Les jeunes plaisantaient.

Les anciens, eux, semblaient inquiets.

Très inquiets.

— Tu as combattu contre eux ?

Demanda Alaric.

Le vétéran tourna la tête vers lui.

— Non.

— Alors comment peux-tu être aussi certain ?

— Parce que j'ai parlé à ceux qui les ont affrontés.

Le silence retomba quelques secondes.

Puis l'homme poursuivit :

— Tu n'as jamais vu une armée perse, étranger.

Moi non plus.

Mais j'ai vu les hommes qui les avaient vues.

Et leurs yeux n'étaient pas ceux de menteurs.

Alaric resta silencieux.

Puis posa une autre question.

— Darius est toujours roi ?

Plusieurs regards se tournèrent vers lui.

Nikandros fronça les sourcils.

— Tu ne sais vraiment rien du monde, toi.

— Réponds simplement.

— Darius est mort.

répondit un vétéran.

Alaric sentit son cœur accélérer.

— Mort ?

— Oui.

— Depuis combien de temps ?

Nikandros éclata de rire.

— Pourquoi cette question ?

— Je suis curieux.

— Mauvaise réponse.

— Alors considère que je suis stupide.

— Ça, nous le savons déjà.

Les rires reprirent autour du feu.

Même Alaric sourit.

Mais intérieurement, il attendait la réponse.

Le vieux soldat finit par reprendre la parole.

— Cela fait plusieurs années maintenant.

Son fils règne à sa place.

— Xerxès.

— Oui.

Xerxès.

Le nom résonna dans l'esprit d'Alaric.

Il prit une gorgée de vin pour masquer son trouble.

Puis demanda d'un ton qu'il espérait naturel :

— Depuis combien de temps règne-t-il ?

Nikandros le fixa.

— Pourquoi toutes ces questions ?

— Parce que j'aime comprendre ce qui se passe autour de moi.

— Voilà qui est nouveau.

— Réponds.

— Non.

— Pourquoi ?

— Parce que ça m'amuse de te voir frustré.

Plusieurs hommes éclatèrent de rire.

Alaric soupira.

— Un jour je vais te frapper.

— Tu essayes déjà tous les matins.

Les rires redoublèrent.

Finalement, le vétéran leva une main.

— Cela suffit.

Puis il réfléchit quelques instants.

— Cinq ans.

Peut-être un peu moins.

Peut-être un peu plus.

Mais environ cinq ans.

Le silence s'abattit brutalement sur Alaric.

Cinq ans.

Son esprit calcula instantanément.

Darius.

Xerxès.

Cinq années de règne.

Les chiffres s'assemblèrent d'eux-mêmes.

Comme les pièces d'un puzzle.

485. 484. 483. 482.481...

Son souffle se bloqua.

Nikandros remarqua immédiatement quelque chose.

— Hé.

Aucune réponse.

— Alaric.

Toujours rien.

— Pourquoi tu fais cette tête ?

Le jeune homme cligna des yeux.

— Quelle tête ?

— Celle que tu fais quand ton cerveau essaie de comprendre quelque chose.

— C'est très spécifique.

— Parce que tu es très étrange.

Cette fois, Alaric ne répondit même pas.

Son regard était fixé sur les flammes.

Cinq ans.

Seulement cinq ans.

Les Thermopyles approchaient.

Et pour la première fois depuis son arrivée dans ce monde...

L'Histoire venait de cesser d'être un souvenir.

Elle était devenue un futur.

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