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Alaric l'immortel

Chapter 16 / 195

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Chapitre 16 — Le conseil de guerre

Alaric l'immortel

Le lendemain matin, Sparte se réveilla plus tôt que d'habitude.

Ou peut-être n'avait-elle simplement jamais dormi.

Alaric traversait les rues encore plongées dans la pénombre lorsqu'il remarqua les premières différences.

Les forges étaient déjà allumées.

Les marteaux résonnaient bien avant l'aube.

Des citoyens circulaient rapidement d'un bâtiment à l'autre.

Des messagers couraient dans les rues.

Des groupes d'hommes discutaient à voix basse.

L'agitation était partout.

Discrète, Mais bien réelle.

Sparte ne paniquait pas.

Elle ne courait pas dans tous les sens.

Elle ne criait pas.

Elle ne s'effondrait pas sous la peur.

Mais elle se préparait pour la guerre.

Et lorsqu'une cité entière fondée sur la guerre commençait à se préparer...

Cela signifiait quelque chose.

Alaric rejoignit les terrains d'entraînement.

Plusieurs guerriers étaient déjà présents.

Bien plus que d'habitude.

Même certains vétérans retraités avaient fait leur apparition.

Des hommes aux cheveux gris.

Des hommes qui boitaient légèrement.

Des hommes dont les corps portaient les cicatrices de campagnes anciennes.

Tous observaient.

Tous écoutaient.

Tous attendaient.

Nikandros apparut derrière lui.

— Tu as dormi ?

— Non.

— Moi non plus.

— Je m'en doutais.

— Tu fais toujours cette tête.

— Quelle tête ?

— Celle qui dit : "Je réfléchis encore."

— Et toi tu fais toujours celle qui dit : "Je vais dire quelque chose de stupide."

— C'est parce que je vais dire quelque chose de stupide.

— Évidemment.

Nikandros croisa les bras.

— J'ai faim.

Alaric soupira.

— Voilà.

— Quoi ?

— La chose stupide.

— C'est une préoccupation légitime.

— La Grèce entière risque d'être envahie.

— Et j'ai toujours faim.

Alaric éclata de rire malgré lui.

Nikandros sourit.

Mission accomplie.

Le rire disparut cependant rapidement.

Car plusieurs hommes importants venaient d'arriver.

Des citoyens influents.

Des officiers.

Des vétérans.

Et surtout...

Le roi.

Le silence tomba presque instantanément.

Tous les regards se tournèrent dans la même direction.

Alaric sentit son cœur accélérer.

Parce qu'il savait.

Il savait exactement qui était cet homme.

Même si personne autour de lui ne semblait mesurer l'importance historique du moment.

Léonidas avançait calmement.

Sans escorte ostentatoire.

Sans démonstration inutile.

Simplement entouré de plusieurs hommes.

Il n'avait rien du héros légendaire représenté dans les films du XXIᵉ siècle.

Rien.

Et pourtant...

Il dégageait une présence difficile à ignorer.

Une assurance tranquille.

Une force contenue.

Quelque chose qui poussait naturellement les autres à le suivre.

Alaric connaissait déjà son histoire.

Son Père le roi Anaxandridas II.

Sait Frères

Dorieus, son frère aîné ;

Cléombrote, son frère cadet ;

Cléomène Ier, son demi-frère aîné.

Léonidas avait épousé Gorgô, la fille de Cléomène Ier.

De cette union était né un fils :

Pleistarchos, qui lui succéderait plus tard sur le trône de Sparte.

À l'origine, rien ne destinait réellement Léonidas à devenir roi.

Ses frères aînés le précédaient dans l'ordre de succession.

Cependant, après la mort de Dorieus puis le suicide de Cléomène Ier, Léonidas monta finalement sur le trône spartiate.

Mais toutes ces informations historiques importaient peu à cet instant.

Face à lui ne se trouvait ni une légende ni un personnage de manuel.

Seulement un homme.

Un roi.

Un guerrier.

Et, sans que personne ne puisse encore le savoir, l'homme qui entrerait bientôt dans l'Histoire.

Alaric l'observa attentivement.

Pour la première fois.

Le véritable Léonidas.

Un personnage historique.

Pas une statue.

Pas une légende.

Un homme.

Un homme bien vivant.

— Tu le fixes.

Murmura Nikandros.

— Je regarde.

— Non, tu le fixes vraiment.

— Quelle différence ?

— Quand on regarde, on cligne des yeux de temps en temps.

— Je cligne des yeux.

— Pas depuis plusieurs respirations.

— Tu comptes mes respirations maintenant ?

— J'ai beaucoup de talents.

— Aucun d'eux n'est utile.

— C'est faux.

— Ah oui ?

— Je peux reconnaître un mauvais fromage à distance.

— Impressionnant.

Plusieurs groupes se formèrent rapidement autour du roi.

Les discussions commencèrent.

D'abord calmes.

Puis plus animées.

Les informations apportées par les messagers étaient analysées.

Comparées.

Contestées parfois.

Alaric ne pouvait entendre que des fragments.

Mais certains mots revenaient régulièrement.

Xerxès.

Navires.

Asie.

Ponts.

Armée.

Athènes.

Corinthe.

Alliance.

Le simple fait d'entendre ces termes dans la bouche d'hommes réels lui donnait une impression étrange.

Comme si l'histoire sortait progressivement des livres pour prendre forme devant lui.

Un vétéran s'approcha.

L'homme semblait plus tendu que d'habitude.

Ce qui n'était pas rassurant.

Pas du tout.

— Vous deux.

— Oui ?

— Venez.

Ils échangèrent un regard.

Puis suivirent immédiatement.

Le vétéran les conduisit à l'écart.

Loin du bruit principal.

Loin des recrues.

— Les entraînements changent à partir d'aujourd'hui.

Déclara-t-il.

Sa voix était plus dure qu'à l'habitude.

Pas plus forte.

Pas plus agressive.

Simplement plus froide.

Comme si chaque mot avait été pesé avant d'être prononcé.

Nikandros fronça les sourcils.

— Comment ça ?

Demanda-t-il.

Le vétéran croisa les bras et observa quelques recrues qui s'exerçaient au loin.

L'une d'elles manqua son mouvement.

Une autre hésita avant de frapper.

Le vieux guerrier secoua lentement la tête.

— Jusqu'à présent, nous avions le luxe du temps.

Plus maintenant.

Personne ne répondit.

Même Nikandros semblait comprendre que ce n'était pas une simple remarque.

— Plus de temps perdu.

Continua le vétéran.

— Plus d'exercices inutiles.

Plus de complaisance.

Son regard parcourut les terrains d'entraînement.

— Chaque erreur devra être corrigée immédiatement.

Chaque faiblesse devra être travaillée.

Chaque homme devra être meilleur demain qu'il ne l'est aujourd'hui.

Le ton était sec.

Dur.

Militaire.

Mais derrière cette dureté, Alaric percevait autre chose.

De l'inquiétude.

Pas pour lui-même.

Pour Sparte.

Pour les jeunes hommes qui n'avaient encore jamais vu la guerre.

Pour ceux qui croyaient encore qu'un entraînement difficile était la pire chose qui pouvait leur arriver.

Le vétéran reprit :

— Les formations seront répétées jusqu'à ce qu'elles deviennent un réflexe.

Les marches seront plus longues.

Les combats plus fréquents.

Les exercices de bouclier plus exigeants.

— Tu essaies de nous tuer avant les Perses ?

Grommela Nikandros.

Quelques guerriers proches laissèrent échapper un rire discret.

Le vétéran tourna lentement la tête vers lui.

— Si un entraînement te tue, alors les Perses n'auront même pas besoin de lever une arme.

Nikandros leva les mains en signe de reddition.

— Je retire ma question.

— Sage décision.

Le vieux guerrier fit quelques pas avant de poursuivre :

— Vous pensez tous être prêts.

C'est normal.

Chaque génération pense être prête.

Puis la guerre arrive.

Et elle découvre ce qu'elle est réellement.

Le silence retomba.

Même les recrues semblaient écouter désormais.

— Je ne sais pas si Xerxès marchera contre nous cette année.

Je ne sais pas combien d'hommes il possède.

Je ne sais pas quelles cités choisiront de résister ou de se soumettre.

Mais je sais une chose.

Son regard se posa successivement sur Alaric, Nikandros et les autres guerriers.

— Si la guerre vient, elle ne nous accordera aucune seconde chance.

Personne ne trouva quoi répondre.

Parce qu'au fond, ils savaient tous qu'il avait raison.

— La situation est-elle si grave ?

Demanda Alaric.

Le vétéran le regarda.

Longuement.

Puis répondit :

— Je ne sais pas encore.

— Mais ?

— Mais je préfère préparer des hommes pour une guerre qui n'arrive jamais que l'inverse.

Personne ne trouva quoi répondre à cela.

Le vieux guerrier poursuivit :

— À partir de maintenant, les rotations changent.

Les patrouilles augmentent.

Les entraînements augmentent.

Les exercices de formation augmentent.

— Nous manquons déjà de temps libre.

Grogna Nikandros.

— Tant mieux.

— Je plaisantais.

— Moi non.

Alaric observa le vétéran.

Quelque chose dans son regard avait changé.

Une dureté nouvelle.

Ou peut-être une ancienne dureté qui revenait simplement à la surface.

Comme si le soldat qu'il avait été autrefois se réveillait.

— Que pensent les autorités ?

Demanda Alaric.

— Elles pensent que Xerxès prépare quelque chose.

— Et toi ?

Le vétéran croisa les bras.

— Je pense que Xerxès prépare quelque chose.

— Très utile.

— Je fais de mon mieux.

Pour la première fois depuis longtemps, Nikandros éclata franchement de rire.

Même le vétéran sembla presque sourire.

Presque.

La journée entière fut consacrée aux entraînements.

Plus longs.

Plus exigeants.

Plus réalistes.

Les recrues tombèrent.

Se relevèrent.

Puis tombèrent encore.

Les vétérans ne montraient aucune indulgence.

Aucune.

À plusieurs reprises, Alaric remarqua que même les guerriers expérimentés étaient soumis à davantage de pression.

Comme si Sparte avait brusquement décidé que chaque homme devait gagner une année supplémentaire d'expérience en quelques mois.

Le soleil était déjà bas lorsqu'une nouvelle agitation traversa la cité.

Un autre messager venait d'arriver.

Cette fois seul.

Mais dans un état pire encore que les précédents.

Son cheval s'effondra presque à l'entrée.

Le silence revint.

Instantanément.

Comme la veille.

Alaric échangea un regard avec Nikandros.

Personne ne parla.

Personne n'en avait besoin.

Ils comprenaient tous les deux.

Les nouvelles continuaient d'arriver.

Et elles n'étaient jamais bonnes.

Cette nuit-là, alors que les étoiles apparaissaient dans le ciel, Alaric se retrouva une nouvelle fois sur les hauteurs dominant Sparte.

Le vent soufflait doucement.

La cité brillait sous lui.

Vivante.

Paisible en apparence.

Combien de temps restait-il ?

Deux ans ?

Un an ?

Quelques mois ?

Il ne savait plus.

Les événements semblaient désormais s'accélérer.

— Je savais que je te trouverais ici.

Nikandros.

Encore.

Alaric sourit sans se retourner.

— Tu deviens prévisible.

— Toi aussi.

Le Spartiate s'assit à côté de lui.

Puis regarda les lumières de la ville.

— Tu crois qu'on gagnera ?

Demanda-t-il soudain.

La question surprit Alaric.

Parce que c'était la première fois.

La première fois que Nikandros la posait.

— Je ne sais pas.

Répondit-il.

C'était un mensonge.

Ou du moins une partie de la vérité.

Au fond de lui, Alaric connaissait les grandes lignes de ce qui approchait. Il connaissait le nom des batailles. Il connaissait celui des héros. Il savait que les années à venir seraient marquées par le sang, les sacrifices et des événements dont on parlerait encore des siècles plus tard.

Mais ces connaissances étaient incomplètes.

Floues.

Et surtout, il ne pouvait rien dire.

Qui le croirait ?

Et même si quelqu'un le croyait, que changerait une vérité venue d'un autre temps ?

Alors il garda le silence.

Comme il l'avait toujours fait.

— Moi non plus.

Le silence s'installa.

Long.

Paisible.

Lourd.

Puis Nikandros ajouta :

— Peu importe.

— Peu importe ?

— Oui.

— Pourquoi ?

Le Spartiate regarda les étoiles.

Puis répondit simplement :

— Parce que nous serons là.

Alaric ferma les yeux.

Ces mots revenaient encore.

Toujours.

Et quelque part au fond de lui, une certitude commençait à naître.

Le temps des préparatifs touchait à sa fin.

L'Histoire approchait.

Et bientôt...

Elle réclamerait son dû.

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