Les semaines qui suivirent passèrent à une vitesse étrange.
Chaque journée semblait plus longue que la précédente.
Et pourtant, lorsque Alaric regardait en arrière, elles se mélangeaient toutes dans son esprit.
Les matins commençaient avant l'aube.
Le son des cornes résonnait dans l'obscurité tandis que les premiers guerriers rejoignaient déjà les terrains d'entraînement.
Puis venaient les exercices.
Toujours les exercices.
Des heures passées à répéter les mêmes mouvements jusqu'à ce qu'ils deviennent des réflexes.
Lever le bouclier.
Avancer.
Frapper.
Reculer.
Recommencer.
Encore.
Et encore.
Les instructeurs semblaient avoir perdu le peu de patience qu'ils possédaient autrefois.
La moindre erreur était corrigée immédiatement.
La moindre faiblesse était exploitée.
La moindre hésitation était sanctionnée.
Entraînements.
Patrouilles.
Réunions.
Messagers.
Rumeurs.
Préparatifs.
Toujours davantage de préparatifs.
Les journées étaient si remplies qu'Alaric avait parfois l'impression de ne plus voir les semaines passer.
Il quittait un entraînement pour rejoindre une patrouille.
Terminait une patrouille pour assister à une réunion.
Puis venait un nouvel exercice.
Une nouvelle inspection.
Une nouvelle série de rapports apportés par des voyageurs venus de l'est.
Chaque soir, il se couchait épuisé.
Chaque matin, tout recommençait.
Et pourtant, malgré cette routine écrasante, quelque chose changeait constamment autour de lui.
Comme si Sparte retenait son souffle.
Comme si toute la cité attendait un événement qu'elle savait inévitable.
Sparte changeait.
Lentement.
Mais elle changeait.
Au premier regard, un étranger n'aurait peut-être rien remarqué.
Les marchés restaient ouverts.
Les enfants continuaient de courir dans les rues.
Les artisans poursuivaient leur travail.
La vie semblait suivre son cours.
Mais ceux qui vivaient ici voyaient les différences.
Les forges travaillaient sans relâche.
Jour et nuit.
Le bruit des marteaux résonnait jusque tard dans l'obscurité.
Les forgerons fabriquaient des pointes de lance.
Réparaient des cuirasses.
Renforçaient des boucliers usés par les années.
Les réserves étaient inspectées.
Puis inspectées une seconde fois.
Les responsables vérifiaient les stocks de nourriture, les réserves de céréales, les troupeaux et les équipements militaires.
Les armes entretenues.
Les boucliers réparés.
Les lances remplacées lorsqu'elles présentaient la moindre faiblesse.
Même les vétérans les plus âgés étaient consultés.
On leur demandait leur avis.
Leurs souvenirs.
Leurs expériences des anciennes campagnes.
Partout, les hommes parlaient de stratégie.
De routes.
De ravitaillement.
De défense.
Et surtout des Perses.
Toujours des Perses.
Les jeunes recrues étaient poussées jusqu'à leurs limites.
Puis au-delà.
Même les citoyens les plus éloignés des affaires militaires sentaient la tension.
Les conversations se faisaient plus sérieuses.
Les plaisanteries plus rares.
Les regards plus attentifs.
Personne ne connaissait encore l'ampleur exacte de la menace.
Mais tout le monde savait qu'elle existait.
Alaric, lui, observait tout cela avec un sentiment étrange.
Chaque jour qui passait renforçait cette impression.
Il avait parfois l'impression de vivre entre deux réalités.
Comme si son esprit refusait de choisir laquelle était la véritable.
Deux mondes coexistaient dans son esprit.
Le premier était celui qu'il vivait.
Celui qu'il pouvait toucher.
Entendre.
Respirer.
Celui de Sparte.
Des rues de pierre chauffées par le soleil.
Des terrains d'entraînement couverts de poussière.
Du bruit des boucliers qui s'entrechoquaient.
Des repas partagés après les exercices.
Des blessures.
Des rires.
Des disputes.
Celui de ses amis.
De Nikandros, avec ses plaisanteries incessantes et sa loyauté sans faille.
Du vétéran, dont chaque parole semblait porter le poids de plusieurs vies.
Des recrues qui rêvaient encore de gloire sans connaître le véritable visage de la guerre.
Des hommes et des femmes qui n'étaient pour personne d'autre que des anonymes, mais qui étaient devenus son quotidien.
Sa famille, d'une certaine manière.
Le second était celui de ses souvenirs.
Un monde lointain.
Presque irréel désormais.
Celui des livres d'histoire.
Des salles de classe.
Des documentaires regardés tard le soir.
Des pages remplies de dates et de noms.
Des cartes, des lignes tracées sur du papier pour représenter des frontières.
Des flèches indiquant les mouvements des armées.
Des batailles.
Des événements résumés en quelques paragraphes.
Des milliers de morts réduits à quelques phrases dans un manuel scolaire.
Des noms qui n'étaient pas encore devenus des légendes.
Léonidas.
Xerxès.
Les Thermopyles.
Pour les hommes qui l'entouraient, ces noms appartenaient au présent.
Ils étaient réels.
Vivants.
Imprévisibles.
Pour lui, ils avaient longtemps appartenu au passé.
À quelque chose de déjà écrit.
De déjà terminer.
Et c'était précisément ce qui le troublait.
Parce qu'à force de vivre ici, les frontières entre ces deux mondes devenaient de plus en plus floues.
Les héros des livres avaient des visages.
Des défauts.
Des peurs.
Les événements historiques n'étaient plus des chapitres.
Ils étaient des journées ordinaires qui s'écoulaient lentement vers quelque chose de plus grand.
Quelque chose qui approchait inexorablement.
Et parfois, lorsqu'il observait Sparte se préparer à la guerre, Alaric se demandait lequel de ces deux mondes était désormais le sien.
Celui qu'il avait quitté.
Ou celui qu'il risquait bientôt de voir entrer dans l'Histoire.
Parfois, il avait l'impression de devenir fou.
Parce qu'il connaissait certains événements avant qu'ils ne se produisent.
Mais pas suffisamment pour changer quoi que ce soit.
Seulement assez pour les attendre.
Ce matin-là, plusieurs centaines de guerriers étaient rassemblés près des terrains d'entraînement.
La nouvelle s'était répandue avant même le lever du soleil.
Personne ne savait exactement ce qui allait être annoncé.
Mais tout le monde savait qu'il se passait quelque chose.
Les hommes arrivaient par petits groupes.
Certains portaient déjà leur équipement complet.
D'autres n'avaient pris que leur manteau et leurs armes.
Les conversations étaient nombreuses, mais les voix restaient basses.
Comme si chacun craignait de prononcer à haute voix ce que tous pensaient déjà.
Une foule inhabituelle.
Même pour Sparte.
Les terrains d'entraînement étaient vastes, pourtant ils semblaient presque trop étroits pour contenir tous ceux qui s'y étaient réunis.
Des vétérans se tenaient aux côtés de jeunes guerriers.
Des hommes qui avaient connu plusieurs campagnes observaient des recrues qui n'avaient encore jamais vu une véritable bataille.
Tous attendaient.
Tous regardaient régulièrement vers les bâtiments officiels.
Tous cherchaient à deviner ce qui allait suivre.
Alaric avançait lentement parmi eux.
Il reconnaissait de nombreux visages.
Certains lui adressaient un signe de tête.
D'autres poursuivaient leurs discussions sans même remarquer sa présence.
L'atmosphère était étrange.
Pas encore lourde.
Pas encore inquiétante.
Mais différente.
Comme l'air juste avant un orage.
Il aperçut immédiatement Nikandros.
Son ami était adossé à une barrière de bois, les bras croisés, observant la foule avec une expression qui oscillait entre l'ennui et la curiosité.
— Tu sais pourquoi tout le monde est là ?
demanda Alaric en s'approchant.
Nikandros tourna la tête vers lui.
— Non.
— Tu mens.
— Un peu.
— Beaucoup.
Nikandros sourit.
— Des annonces.
— Quelles annonces ?
— Si je le savais, je serais beaucoup plus important que je ne le suis.
— Tu es déjà insupportable.
— Merci.
— Ce n'était pas un compliment.
— Je sais.
Alaric secoua la tête.
— Tu pourrais au moins essayer d'être utile.
— Je suis utile.
— Quand ?
— Je maintiens le moral des troupes.
— En racontant des absurdités ?
— Exactement.
Nikandros désigna discrètement plusieurs groupes autour d'eux.
— Regarde-les.
Alaric suivit son regard.
Partout, les hommes parlaient.
Certains semblaient confiants.
D'autres beaucoup moins.
Quelques-uns débattaient avec animation.
— Ils sont nerveux, poursuivit Nikandros.
— Toi aussi.
— Bien sûr.
— Tu viens de dire le contraire.
— Non. J'ai simplement choisi une méthode différente pour gérer la situation.
— Faire des plaisanteries ?
— C'est une excellente stratégie.
Alaric leva les yeux au ciel.
— Un jour, quelqu'un va finir par te frapper.
— Beaucoup ont essayé.
— Et ?
— Je cours vite.
Cette fois, Alaric éclata de rire.
Autour d'eux, pourtant, les conversations continuaient de tourner autour des mêmes sujets.
Les Perses.
Les armées.
Les navires.
Les alliances.
Les rumeurs venues de l'est.
Un groupe de vétérans discutait non loin.
Leurs voix étaient basses, mais certaines phrases parvenaient jusqu'à eux.
— ...jamais vu une mobilisation pareille...
— ...si les chiffres sont vrais...
— ...personne ne peut aligner autant d'hommes...
Plus loin, de jeunes guerriers échangeaient leurs propres théories.
— Peut-être que les Perses n'attaqueront jamais.
— Alors pourquoi rassembler une armée ?
— Pour intimider les cités grecques.
— Ça fonctionne sur toi ?
— Non.
— Alors ça ne fonctionne pas.
Nikandros observa la scène avec un léger sourire.
— Tu vois ?
— Quoi ?
— Personne ne sait rien.
— C'est censé me rassurer ?
— Un peu.
— Ça ne marche pas.
— Dommage.
Le sourire de Nikandros s'effaça progressivement.
Son regard se porta vers les bâtiments administratifs.
Puis vers les officiers qui commençaient à apparaître.
— Cette fois, je crois qu'on va enfin obtenir des réponses.
Alaric suivit son regard.
L'agitation diminuait déjà.
Les conversations s'interrompaient peu à peu.
Comme une vague qui se retire.
Quelque chose allait être annoncé.
Et à en juger par l'expression des hommes qui arrivaient, ce ne serait pas une nouvelle ordinaire.
Autour d'eux, les conversations allaient bon train.
Certains parlaient d'Athènes.
D'autres de Corinthe.
D'autres encore des cités d'Asie Mineure.
Tous semblaient posséder une version différente de la situation.
Puis le silence tomba.
Brutalement.
Comme une lame.
Léonidas venait d'apparaître.
Cette fois, Alaric ne fut pas le seul à l'observer.
Tous les regards convergèrent vers le roi.
Tous.
Le souverain avançait calmement.
Toujours cette même présence.
Cette même assurance tranquille.
Cette impression que rien ne pouvait réellement l'ébranler.
Derrière lui marchaient plusieurs hommes importants.
Des officiers.
Des magistrats.
Des vétérans.
Des hommes dont les décisions pouvaient envoyer des centaines de citoyens à la guerre.
Ils avançaient en silence, formant un groupe compact autour du roi.
Aucun ne semblait détendu.
Aucun ne discutait.
Même ceux que l'on voyait habituellement échanger quelques mots ou afficher une expression impassible paraissaient absorbés par leurs pensées.
Leurs visages étaient fermés.
Leurs regards sérieux.
Comme si chacun portait déjà le poids des nouvelles venues de l'est.
Et parmi eux...
Le vieux guerrier.
Alaric le repéra presque immédiatement.
Il le connaissait depuis suffisamment longtemps pour remarquer les détails que d'autres auraient ignorés.
Pour la plupart des hommes présents, le vétéran semblait identique à lui-même.
Toujours droit malgré son âge.
Toujours solide.
Toujours aussi intimidant.
Mais Alaric voyait la différence.
Une légère tension dans sa mâchoire.
Une rigidité inhabituelle dans ses épaules.
Une façon de marcher plus raide qu'à l'ordinaire.
Comme si quelque chose le préoccupait profondément.
Comme si les nouvelles reçues ces derniers jours avaient réveillé des souvenirs qu'il aurait préféré laisser enterrés.
Alaric remarqua immédiatement quelque chose.
Le visage du vétéran.
Il paraissait plus grave que d'habitude.
Ce qui, venant d'un homme déjà rarement souriant, était particulièrement inquiétant.
Depuis des années, Alaric l'avait vu affronter toutes sortes de situations.
Des accidents.
Des conflits.
Des périodes de tension politique.
Des mauvaises récoltes.
Des disputes entre citoyens.
Jamais il ne l'avait vu afficher une telle expression.
Ce n'était pas de la peur.
Le vétéran n'était pas un homme qui se laissait dominer par la peur.
C'était autre chose.
Une lucidité froide.
Le regard d'un homme qui avait déjà connu la guerre et qui reconnaissait les signes annonçant son retour.
Pendant un bref instant, leurs regards se croisèrent.
Le vieux guerrier ne fit aucun geste.
Ne dit rien.
Mais cela suffit.
Alaric comprit immédiatement.
Les rumeurs étaient terminées.
Les suppositions aussi.
Pour ceux qui dirigeaient Sparte, la menace était désormais réelle.
Et le vétéran le savait mieux que quiconque.
Léonidas prit finalement la parole.
Sa voix n'était pas particulièrement forte.
Pourtant, tout le monde l'entendit.
— Les nouvelles venues de l'est se confirment.
Le silence se fit encore plus profond.
Le roi balaya lentement l'assemblée du regard.
Comme s'il voulait s'assurer que chacun comprenait l'importance de ce qui allait être dit.
— Depuis des mois, des rumeurs traversent les mers et les montagnes. Des marchands les rapportent. Des voyageurs les répètent. Des messagers les confirment.
Il marqua une pause.
— Aujourd'hui, ce ne sont plus des rumeurs.
Personne ne bougea.
Personne ne parla.
— Xerxès prépare une invasion.
Quelques murmures parcoururent l'assemblée.
Pas de panique.
Pas de peur visible.
Simplement la confirmation de ce que beaucoup soupçonnaient déjà.
— Il rassemble des hommes venus de toutes les terres soumises à son empire. Il construit des flottes. Il prépare des routes. Il dépense des richesses qu'aucun roi grec ne pourrait imaginer.
Sa voix demeurait calme.
Presque froide.
— Il ne prépare pas une expédition. Il prépare une conquête.
Cette fois, les murmures cessèrent complètement.
— Nous ignorons encore quand il marchera.
Nous ignorons encore quelle route il choisira.
Mais nous savons désormais qu'il viendra.
Il laissa ses paroles s'installer dans les esprits.
— Et lorsqu'il viendra, il ne cherchera pas seulement à vaincre nos armées.
Il cherchera à soumettre nos cités.
Nos lois.
Nos familles.
Nos dieux.
Cette fois, plus personne ne parla.
Alaric sentit son cœur battre plus vite.
Parce qu'il assistait à un moment historique.
Un véritable moment historique.
Pas une reconstitution.
Pas un documentaire.
La réalité.
Léonidas poursuivit :
— Les cités grecques devront bientôt choisir.
Résister.
Ou se soumettre.
Sa voix demeurait calme.
Maîtrisée.
— Certaines choisiront la sécurité.
Certaines choisiront la peur.
Certaines penseront qu'il vaut mieux plier le genou que risquer la destruction.
Le roi secoua légèrement la tête.
— C'est leur choix.
Puis son regard se durcit.
— Mais ce ne sera jamais celui de Sparte.
Un frisson parcourut l'assemblée.
— Depuis notre enfance, nous apprenons que la liberté a un prix.
Nous apprenons que le devoir passe avant le confort.
Que l'honneur passe avant la peur.
Que certains combats doivent être menés, même lorsqu'ils semblent impossibles.
Les guerriers présents l'écoutaient sans détourner les yeux.
— Nos ancêtres nous ont légué cette cité.
Ils nous ont transmis ses lois.
Ils nous ont confié sa défense.
Aujourd'hui, cette responsabilité nous appartient.
À nous.
Pas à nos pères.
Pas à nos fils.
À nous.
— Sparte a déjà choisi.
Le frisson qui parcourut l'assemblée fut plus fort encore.
— Nous résisterons.
La réponse fut immédiate.
Des centaines de voix répondirent ensemble.
Comme une seule.
Léonidas leva une main.
Le silence revint aussitôt.
— Peut-être serons-nous seuls.
Peut-être serons-nous peu nombreux.
Peut-être que les générations futures oublieront nos noms.
Mais elles n'oublieront jamais ce que nous aurons défendu.
Sa voix résonna sur la place entière.
— Car un homme peut perdre sa vie.
Une cité peut perdre ses murs.
Mais un peuple qui abandonne sa liberté perd tout
— Nous résisterons !
Le cri résonna sur les collines.
Puissant.
Presque sauvage.
— Nous résisterons !
répéta Léonidas.
Et cette fois, le rugissement de la foule sembla faire vibrer la terre elle-même.
Alaric sentit sa peau se couvrir de chair de poule.
Parce que cette scène appartenait désormais à sa vie.
Et non plus à ses souvenirs.
Après le discours, les groupes commencèrent à se disperser.
Les conversations reprirent.
Plus animées qu'auparavant.
Nikandros marchait à côté de lui.
Plus silencieux que d'habitude.
Ils continuèrent à marcher.
Puis Nikandros demanda soudain :
— Tu crois qu'il a peur ?
— Qui ?
— Léonidas.
La question surprit Alaric.
— Pourquoi demandes-tu ça ?
— Parce qu'il paraît toujours calme.
Toujours sûr de lui.
Toujours certain.
Le Spartiate réfléchit quelques secondes.
— Je me demande simplement si les rois ont peur comme les autres hommes.
Alaric repensa à une vieille conversation.
Des années plus tôt.
Avec le vétéran.
Le courage n'est pas l'absence de peur.
C'est avancer malgré elle.
— Oui.
Répondit-il finalement.
— Je pense qu'il a peur.
Nikandros sembla surpris.
— Vraiment ?
— Oui.
— Alors pourquoi paraît-il aussi calme ?
Alaric regarda au loin.
Vers le roi.
— Peut-être parce qu'il est roi justement.
Nikandros resta silencieux.
Puis hocha lentement la tête.
Cette nuit-là, Alaric retrouva le vétéran seul près d'un bâtiment administratif.
L'homme observait les étoiles.
Comme il le faisait parfois.
— Tu sembles préoccupé.
Dit le vieux guerrier.
— Tu dis toujours ça.
— Parce que tu l'es toujours.
— C'est injuste.
— C'est exact.
Pendant quelques secondes, ils contemplèrent le ciel.
Puis Alaric demanda :
— Tu crois que nous avons une chance ?
Le vétéran resta silencieux.
Longtemps.
— Oui.
Répondit-il finalement.
— Vraiment ?
— Oui.
— Pourquoi ?
Le vieux guerrier eut un sourire fatigué.
— Parce que l'autre option ne m'intéresse pas.
Alaric éclata de rire.
Le vétéran aussi.
Un rire bref.
Rare.
Puis le silence revint.
— Prépare-toi.
Dit finalement le vieil homme.
— À quoi ?
— À voir l'Histoire changer.
Alaric se figea.
Pendant une seconde.
Une seule.
Le vétéran ne remarqua rien.
Ou du moins, il n'en montra rien.
— Que veux-tu dire ?
Demanda Alaric.
— Les générations futures parleront de ce qui arrive.
Elles raconteront nos choix.
Nos erreurs.
Nos victoires.
Nos défaites.
Le vieux guerrier regarda l'horizon.
— Et aucun de nous ne sait encore quelle histoire elles raconteront.
Alaric demeura silencieux.
Parce que lui croyait le savoir.
Du moins en partie.
Mais pour la première fois depuis son arrivée à Sparte...
Il commençait à se demander si le futur était réellement immuable.
Ou si sa seule présence ici avait déjà commencé à le modifier.
Cette pensée l'accompagna longtemps.
Très longtemps.
Et tandis que les étoiles brillaient au-dessus de Sparte...
Une question naissait peu à peu dans son esprit.
Une question qu'il avait évitée pendant des années.
S'il avait été envoyé ici pour une raison...
Alors qu'elle était-elle ?