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Alaric l'immortel

Chapter 24 / 195

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Chapitre 24 — Les volontaires

Alaric l'immortel

Les jours passèrent.

Pas beaucoup.

Peut-être une semaine.

Peut-être un peu moins.

Mais suffisamment pour que l'atmosphère du camp change encore.

Chaque matin, les hommes se réveillaient avec la même impression.

Quelque chose approchait.

Quelque chose d'inévitable.

Et chaque soir, cette impression était plus forte que la veille.

Les rumeurs concernant les Thermopyles n'étaient plus vraiment des rumeurs.

Elles devenaient progressivement des préparatifs.

Au début, il ne s'agissait que de conversations.

Des suppositions échangées autour des feux.

Des hypothèses répétées d'une tente à l'autre.

Puis les choses changèrent.

Les officiers commencèrent à travailler plus longtemps.

Les messagers se multiplièrent.

Des groupes de soldats furent déplacés.

Des réserves furent comptabilisées.

Des armes inspectées.

Des équipements réparés.

Même les hommes les moins attentifs comprirent rapidement que quelque chose se mettait en place.

Partout, les guerriers sentaient qu'une décision approchait.

Personne ne savait exactement quand.

Personne ne savait exactement laquelle.

Mais tous savaient qu'elle viendrait.

Et surtout...

Tous savaient qu'elle concernerait bientôt leur propre vie.

Alaric continuait de s'entraîner avec les autres guerriers.

Comme toujours.

Encore et encore.

Sous le soleil.

Dans la poussière.

Parfois jusqu'à l'épuisement.

Depuis près de dix ans, ces exercices étaient devenus une seconde nature.

Son corps répondait désormais avant même qu'il ne réfléchisse.

Ses pieds trouvaient naturellement leur position.

Son bras ajustait instinctivement l'angle de sa lance.

Son bouclier se levait presque sans effort.

Il n'était plus l'étranger maladroit arrivé autrefois à Sparte.

Il était devenu un guerrier.

Un véritable guerrier spartiate.

Parfois pourtant, au milieu d'un exercice, son esprit dérivait.

Quelques secondes seulement.

Mais cela suffisait.

Il repensait alors à l'homme qu'il avait été.

L'homme perdu au milieu des champs.

Effrayé.

Désorienté.

Incapable de comprendre un seul mot de grec.

L'homme qui ignorait tout de ce monde.

L'homme qui croyait encore pouvoir rentrer chez lui.

Cet homme lui semblait désormais presque étranger.

Comme un souvenir appartenant à quelqu'un d'autre.

Une autre vie.

Un autre monde.

— Tu rêves encore.

Dit une voix derrière lui.

Alaric se retourna.

Nikandros venait d'apparaître.

Les bras croisés.

L'air sérieux.

Ce qui était rarement bon signe.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

Demanda Alaric.

Le Spartiate hésita quelques secondes.

Comme s'il cherchait la meilleure façon de formuler ce qu'il avait à dire.

Puis répondit simplement :

— Les listes.

Le simple mot suffit.

Alaric sentit immédiatement son ventre se contracter.

Les listes.

Bien sûr.

Depuis plusieurs jours, tout semblait conduire à ce moment.

Tôt ou tard, il fallait en arriver là.

— Elles sont prêtes ?

Demanda-t-il.

— Pas encore.

— Alors pourquoi cette tête ?

Nikandros regarda au loin.

Vers la tente des officiers.

Plusieurs hommes entraient et sortaient sans interruption.

— Parce qu'elles le seront bientôt.

Répondit-il.

Le silence s'installa.

Autour d'eux, les entraînements continuaient.

Les boucliers s'entrechoquaient.

Les instructeurs criaient.

Les guerriers couraient.

La poussière s'élevait sous les sandales.

Mais pendant quelques instants, aucun des deux n'entendit réellement ces bruits.

Parce qu'ils pensaient à la même chose.

Les listes.

Les noms.

Les hommes qui partiraient.

Et ceux qui resteraient.

— Tu espères être choisi.

Dit finalement Alaric.

Nikandros hocha la tête.

— Oui.

Aucune hésitation.

Aucun doute.

Comme toujours.

— Et toi ?

Demanda-t-il.

La question surprit Alaric.

Parce qu'il n'avait jamais réellement réfléchi à la réponse.

Ou plutôt...

Parce qu'il refusait d'y réfléchir.

Depuis l'annonce des Thermopyles, il évitait soigneusement cette pensée.

Parce qu'il connaissait ce nom.

Parce qu'il connaissait ce qu'il représentait.

Et parce qu'une partie de lui craignait déjà la réponse.

— Je ne sais pas.

Avoua-t-il finalement.

Nikandros fronça légèrement les sourcils.

— C'est étrange.

— Pourquoi ?

— Parce que tu n'es jamais indécis.

Alaric eut un léger sourire.

— Tu me connais mal.

— Après dix ans ?

— Alors tu devrais savoir que je suis souvent indécis.

Cette fois, Nikandros sourit.

— Pas quand il s'agit de combattre.

La remarque resta suspendue entre eux.

Parce qu'elle était vraie.

Depuis des années, Alaric n'avait jamais hésité lorsqu'il fallait agir.

Jamais reculé.

Jamais fui.

Même lorsqu'il avait peur.

Même lorsqu'il doutait.

Et pourtant...

Les Thermopyles étaient différentes.

Parce qu'il connaissait déjà la fin de l'histoire.

Ou du moins la fin que racontaient les livres.

Plus tard dans la journée, une annonce parcourut le camp.

Les officiers demandaient à certains guerriers de se présenter.

Pas tous.

Seulement certains.

Des vétérans.

Des hommes expérimentés.

Des combattants reconnus.

Très vite, les spéculations reprirent.

— Ils commencent la sélection.

— Tu en es sûr ?

— Non.

— Alors tais-toi.

— Je réfléchissais simplement.

— Mauvaise idée.

Quelques rires éclatèrent.

Mais ils furent brefs.

Les conversations se répétaient partout.

Mais cette fois, personne ne riait vraiment.

Parce que chacun comprenait ce que cela signifiait.

Être choisi.

Ou ne pas l'être.

Pour certains, c'était un honneur.

Pour d'autres, une condamnation.

Et parfois les deux à la fois.

Le soir venu, plusieurs groupes furent appelés.

Puis d'autres.

Puis d'autres encore.

Les listes prenaient forme.

Lentement.

Méthodiquement.

Comme tout à Sparte.

Cette nuit-là, le camp était plus silencieux qu'à l'habitude.

Les hommes parlaient moins

Réfléchissaient davantage.

Certains espéraient être sélectionnés.

D'autres espéraient secrètement ne pas l'être.

Mais peu osaient l'admettre.

À Sparte, reconnaître sa peur n'était pas interdit.

Mais beaucoup préféraient la cacher

Alaric était assis près du feu lorsqu'il aperçut le vétéran approcher.

Le vieil homme s'arrêta devant lui.

Puis devant Nikandros.

Son regard passa de l'un à l'autre.

— Les décisions approchent.

dit-il simplement.

Personne ne répondit immédiatement.

— Nous le savons.

Finit par dire Nikandros.

Le vétéran hocha la tête.

Puis son regard se posa sur Alaric.

— Et toi ?

— Moi quoi ?

— Tu sembles ailleurs depuis plusieurs jours.

Le feu crépitait doucement.

Alaric chercha ses mots.

— Je réfléchis.

Le vétéran eut un léger sourire.

— Mauvaise habitude.

Nikandros éclata de rire.

— Enfin quelqu'un qui comprend.

Pour la première fois depuis longtemps, Alaric sourit réellement.

Puis le silence revint.

Un silence confortable.

Celui des hommes qui n'ont pas besoin de parler pour se comprendre.

Finalement, le vétéran regarda les flammes.

— Quelle que soit la décision de Léonidas...

Elle sera difficile.

Nikandros hocha lentement la tête.

Et soudain, Alaric comprit.

Le vétéran n'avait jamais craint le combat.

Il avait peur de ce qui venait après.

Les absents.

Les noms qu'on ne prononce plus.

Les places vides autour des feux.

Les voix qui disparaissent.

Les souvenirs qui restent.

La nuit s'installa lentement.

Personne ne parla davantage.

Et alors que les flammes continuaient de danser devant lui...

Une certitude commença à grandir dans l'esprit d'Alaric.

Les listes n'étaient plus très loin.

Et lorsque les noms seraient finalement prononcés...

Plus rien ne pourrait arrêter ce qui allait suivre.

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