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Alaric l'immortel

Chapter 6 / 195

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Chapitre 6 — Avant la tempête

Alaric l'immortel

Les jours qui suivirent sa découverte furent les plus étranges depuis son arrivée.

Rien n'avait changé.

Et pourtant, tout était différent.

Le village était toujours le même.

Les champs.

Les maisons.

Les habitants.

Les animaux.

Tout était identique.

Mais désormais, Alaric savait.

Il savait que quelque part au-delà des collines se trouvait réellement Sparte.

Une véritable cité grecque.

Pas une légende.

Pas un chapitre dans un manuel scolaire.

Une ville bien vivante.

Remplie d'hommes et de femmes ignorant encore qu'ils entreraient dans l'Histoire.

Cette pensée le troublait davantage chaque jour.

Pendant plusieurs semaines, il garda sa découverte pour lui.

De toute façon, à qui aurait-il pu en parler ?

Personne n'aurait compris.

Et surtout...

Personne ne l'aurait cru.

Même lui avait encore du mal à y croire.

Parfois, il se réveillait en pensant que tout cela n'était qu'un rêve.

Puis il ouvrait les yeux.

Et retrouvait la paille.

Les murs de pierre.

La fumée.

Le monde antique.

Alors il comprenait que tout était réel.

Son apprentissage de la langue progressait rapidement.

L'ancien du village semblait particulièrement satisfait de ses efforts.

Démos, lui, continuait de se moquer de son accent.

Ce qui n'avait absolument pas changé.

— Tu parles comme un vieillard ivre.

Alaric éclata de rire.

— Merci.

— Ce n'était pas un compliment.

— Je sais.

Le garçon lui lança un regard innocent.

— Tant mieux.

Au fil des mois, Alaric commença à participer davantage à la vie du village.

Il aidait aux récoltes.

Réparait les clôtures.

Transportait des pierres.

Et grâce à sa taille, il devenait rapidement utile pour les travaux physiques.

Avec son mètre quatre-vingt-cinq, il dépassait presque tous les hommes du village.

Sa force n'avait rien d'exceptionnel.

Mais sa stature impressionnait.

Peu à peu, les habitants cessèrent de le considérer comme une menace.

Il restait un étranger.

Mais il était désormais leur étranger.

Un soir d'automne, plusieurs voyageurs arrivèrent au village.

Des commerçants.

Comme ceux qu'il avait déjà vus auparavant.

Le village s'anima immédiatement.

Les nouvelles étaient rares.

Très rares.

Et chacun voulait entendre ce qui se passait au-delà des collines.

Alaric aussi.

Depuis quelque temps, il prêtait une attention particulière aux discussions.

Car elles représentaient sa meilleure source d'informations.

Cette nuit-là, il resta près du feu jusqu'à une heure tardive.

Écoutant.

Observant.

Apprenant.

Puis certains mots attirèrent son attention.

Des mots qu'il comprenait désormais parfaitement.

Perse.

Armée.

Roi.

Frontière.

Il fronça les sourcils.

Le lendemain, il interrogea discrètement l'ancien.

La conversation fut longue.

Difficile.

Mais il réussit à comprendre l'essentiel.

L'Empire perse existait toujours.

Puissant.

Immense.

Redouté.

Cette information confirmait déjà beaucoup de choses.

Mais ce fut une autre réponse qui le troubla davantage.

Un nom.

Un seul.

Darius.

Le Grand Roi.

Alaric resta silencieux plusieurs secondes.

Ce nom lui disait quelque chose.

Il en était certain.

Mais ses souvenirs d'histoire étaient flous.

Très flous.

Il n'avait jamais été passionné par l'Antiquité.

Il connaissait les grandes lignes.

Pas les détails.

Cette nuit-là, il essaya de se souvenir.

Allongé sur sa couche.

Les yeux ouverts dans l'obscurité.

Darius.

Les Perses.

Sparte.

Athènes.

Quelque chose se cachait dans sa mémoire.

Quelque chose d'important.

Puis soudain...

Il se redressa.

Une image venait de surgir.

Une bataille.

Des guerriers grecs.

Des milliers de Perses.

Et un nom.

Marathon.

Alaric sentit son cœur accélérer.

Il se souvenait vaguement que cette bataille était liée à Darius.

Très vaguement.

Mais cela signifiait une chose.

Une seule.

Il se trouvait probablement avant un événement majeur.

Les semaines passèrent.

Puis les mois.

L'hiver arriva.

Le premier hiver de sa nouvelle vie.

Il faisait froid.

Beaucoup plus froid qu'il ne l'aurait imaginé.

Les travaux ralentirent.

Les journées raccourcirent.

Et les habitants passèrent davantage de temps à raconter des histoires autour du feu.

Alaric en profitait pour apprendre.

Toujours apprendre.

Encore et encore.

La langue.

Les coutumes.

La géographie.

L'histoire locale.

Tout.

Parce qu'il avait compris une chose essentielle.

S'il voulait survivre ici...

Il devait devenir l'un des leurs.

Un soir particulièrement froid, un ancien soldat de passage partagea le repas du village.

L'homme avait combattu dans plusieurs campagnes.

Son visage portait les cicatrices de nombreuses batailles.

Tout le monde l'écoutait avec respect.

Même l'ancien.

Au cours de la soirée, la conversation dériva vers les affaires des grandes cités.

Puis vers Sparte.

Alaric tendit immédiatement l'oreille.

Le vétéran parla longtemps.

Très longtemps.

Puis prononça un nom.

Un nom qu'Alaric n'avait jamais entendu auparavant.

Léonidas.

Le soldat continua de parler.

Mais Alaric n'entendait déjà plus le reste.

Léonidas.

Ce nom, lui, il le connaissait Parfaitement.

Cette fois, aucun doute n'était possible.

Aucun.

Il avait déjà entendu ce nom des dizaines de fois dans son ancienne vie.

Le roi des 300 Spartiates.

Le roi des Thermopyles.

Son sang sembla se glacer.

Cette nuit-là, il ne dormit pas.

Assis seul à l'extérieur du village, il observait les étoiles.

Léonidas.

Le nom tournait dans sa tête.

Encore et encore.

Puis une autre pensée finit par émerger.

Une pensée simple mais Terrifiante.

Si Léonidas était vivant...

Alors les Thermopyles n'avaient pas encore eu lieu.

Alaric sentit un frisson parcourir son corps.

Pour la première fois depuis son arrivée, il comprenait réellement ce que cela signifiait.

L'Histoire n'était pas derrière lui.

Elle était devant lui.

Et quelque part dans les années à venir...

Un petit groupe de Spartiates allait entrer dans la légende.

Le vent souffla doucement sur les collines.

Alaric leva les yeux vers le ciel.

Puis murmura :

— Alors je suis vraiment arrivé avant les Thermopyles...

Pour la première fois, il prit conscience de l'ampleur de la situation.

Il n'était plus un simple témoin du passé.

Il vivait à l'intérieur de l'Histoire.

Et désormais, une question le hantait.

Pouvait-il changer ce qui allait arriver ?

Ou était-il condamné à regarder les événements se dérouler exactement comme il les connaissait ?

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