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Alaric l'immortel

Chapter 7 / 195

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Chapitre 7 — La route de Sparte

Alaric l'immortel

L'idée ne le quitta plus.

Jour après jour,Semaine après semaine.

Elle revenait sans cesse.

Comme une voix murmurant au fond de son esprit.

Sparte.

Pendant longtemps, Alaric avait essayé de l'ignorer.

Il avait tenté de se convaincre qu'il devait rester prudent.

Rester discret.

S'adapter à sa nouvelle vie.

Mais plus le temps passait, plus cette résolution s'effritait.

Parce qu'il connaissait ce nom.

Parce qu'il connaissait son importance.

Parce qu'il savait que quelque part, au-delà des montagnes, vivaient des hommes dont les exploits seraient racontés pendant plus de deux millénaires.

Et surtout...

Parce qu'il était incapable de résister à sa curiosité.

L'hiver céda lentement sa place au printemps.

Les collines retrouvèrent leurs couleurs.

Les champs reverdirent.

La vie reprit son rythme habituel.

Cela faisait désormais plus d'un an qu'Alaric vivait dans le village.

Un an.

Parfois cette pensée lui semblait irréelle.

Une année entière dans l'Antiquité.

Une année entière sans électricité.

Sans internet.

Sans voiture.

Sans aucune trace du monde moderne.

Et pourtant...

Il était toujours vivant.

Mieux encore.

Il avait trouvé sa place.

Les habitants lui faisaient confiance.

Les enfants ne le regardaient plus comme une curiosité.

Même les anciens le considéraient désormais comme un membre de la communauté.

Pas tout à fait l'un des leurs.

Mais presque.

Ce matin-là, il aidait plusieurs hommes à réparer une clôture lorsqu'une décision s'imposa finalement à lui.

Il ne pouvait plus attendre.

Il devait voir Sparte.

De ses propres yeux.

Il devait savoir.

Il devait comprendre.

Le soir même, il demanda à parler à l'ancien.

La conversation dura longtemps.

Très longtemps.

La langue restait imparfaite.

Mais elle suffisait désormais.

— Tu veux partir ?

Demanda l'ancien.

— Oui.

— Pourquoi ?

Alaric hésita.

Comment expliquer cela ?

Comment expliquer qu'une cité vieille de deux mille cinq cents ans exerçait sur lui une fascination presque irrésistible ?

Il choisit finalement une réponse plus simple.

— Je veux voir le monde.

L'ancien resta silencieux.

Puis il hocha lentement la tête.

Comme s'il comprenait.

Peut-être comprenait-il réellement.

Les préparatifs prirent plusieurs semaines.

Alaric ne possédait presque rien.

Quelques vêtements.

Un couteau.

Une couverture.

Un sac de voyage.

Une quantité de connaissances que personne d'autre ne pouvait imaginer.

Et son téléphone également.

Les habitants le lui avaient rendu plusieurs mois auparavant, après avoir compris qu'il ne représentait aucun danger.

L'appareil ne fonctionnait toujours plus.

La batterie était morte depuis longtemps.

Mais Alaric refusait de s'en séparer.

C'était probablement le dernier objet provenant de son ancien monde.

Ses clés se trouvaient au fond de son sac.

Inutiles désormais.

Tout comme son portefeuille, dont les cartes et les billets n'avaient ici absolument aucune valeur.

Pourtant, il les conservait soigneusement.

Ces objets étaient les derniers vestiges de sa vie passée.

Les dernières preuves qu'avant ce monde de pierre, de bronze et de poussière, il avait vécu dans une autre époque.

Une époque qui lui semblait déjà incroyablement lointaine.

Lorsque le jour du départ arriva, une partie du village se rassembla.

Démos fut le premier à venir.

Le garçon avait grandi.

Il était presque devenu un adolescent.

— Tu reviendras ?

Demanda-t-il.

Alaric sourit.

— Probablement.

— Tu mens mal.

— Merci.

— Ce n'était pas un compliment.

Alaric éclata de rire.

Le même échange.

Encore.

Comme au premier jour.

L'ancien s'approcha à son tour.

Il lui tendit une petite bourse.

— Pour le voyage.

— Je ne peux pas accepter.

— Si.

Le vieil homme insista.

— Tu fais partie du village.

Ces quelques mots touchèrent Alaric plus qu'il ne l'aurait cru.

Pendant un instant, il réalisa qu'il s'était réellement attaché à cet endroit.

À ces gens.

À cette vie.

Puis il accepta finalement.

Et s'inclina respectueusement.

Comme le faisaient les habitants.

Peu après l'aube, il quitta le village.

Seul.

Le soleil se levait derrière les collines.

Le ciel était d'un bleu éclatant.

Une légère brise soufflait dans les hautes herbes.

Alaric s'arrêta une dernière fois.

Puis regarda derrière lui.

Le village paraissait minuscule.

Presque insignifiant.

Pourtant, il y avait vécu plus d'un an.

Plus longtemps qu'il ne l'aurait cru possible.

Il leva une main.

Puis reprit sa route.

Les premiers jours furent difficiles.

Les routes grecques n'avaient rien de moderne.

La plupart du temps, il suivait de simples chemins de terre.

Parfois même de simples pistes.

Il dormait sous les étoiles.

Ou dans de petits villages.

Lorsqu'il en trouvait.

Les distances étaient bien plus importantes qu'il ne l'avait imaginé.

Sans voiture.

Sans train.

Sans carte précise.

Chaque voyage devenait une aventure.

Pourtant, Alaric adorait cela.

Pour la première fois depuis son arrivée, il avait l'impression d'avancer vers quelque chose.

Vers un but.

Vers une réponse.

Chaque voyageur rencontré lui apportait de nouvelles informations.

Chaque village révélait une nouvelle facette de ce monde antique.

Et plus il avançait, plus il réalisait une chose.

La Grèce n'était pas un pays.

Pas comme ceux qu'il connaissait.

C'était un ensemble de cités.

De peuples, D'alliances. Et de rivalités.

Un monde complexe.

Bien plus complexe que ce qu'il avait appris à l'école.

Un soir, alors qu'il partageait un repas avec des marchands, il entendit une conversation qui attira immédiatement son attention.

— Les jeunes Spartiates s'entraînent déjà pour les prochaines campagnes.

— Comme toujours.

— Ils vivent pour la guerre.

Les hommes rirent.

Puis continuèrent leur discussion.

Mais Alaric resta silencieux.

Son cœur battait plus vite.

Sparte était proche.

Très proche.

Il pouvait presque la toucher.

Quelques jours plus tard, il atteignit le sommet d'une colline.

L'un des marchands voyageant avec lui s'arrêta.

Puis pointa l'horizon.

— Là-bas.

Alaric suivit la direction indiquée.

Au loin.

Très loin.

Une vaste vallée s'étendait sous le soleil.

Et au milieu de cette vallée...

Une cité.

Le voyageur sourit.

— Sparte.

Alaric resta immobile.

Pendant plusieurs secondes.

Peut-être même plusieurs minutes.

Il ne disait rien.

Ne bougeait pas.

Parce qu'après plus d'un an passé dans ce monde...

Après des mois de doutes.

Après des semaines de voyage.

Il regardait enfin l'une des cités les plus célèbres de toute l'Histoire humaine.

La véritable Sparte.

Pas celle des livres.

Pas celle des films.

La vraie.

Et il comprit immédiatement une chose.

Son voyage ne faisait que commencer.

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