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Alaric l'immortel

Chapter 8 / 195

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Chapitre 8 — La cité des guerriers

Alaric l'immortel

Alaric descendit lentement la colline.

Son regard ne quittait pas la vallée.

Ni la cité qui s'étendait devant lui.

Sparte.

Le nom résonnait encore dans son esprit.

Durant toute son enfance, il avait entendu parler des Spartiates.

Des guerriers.

Des batailles.

Des légendes.

À l'école, dans les documentaires, dans les livres d'histoire, leur nom revenait sans cesse.

Trois cents hommes.

Une poignée de guerriers tenant tête à un empire.

Des récits parfois exagérés, parfois romancés, mais toujours fascinants.

Pour beaucoup de gens de son époque, Sparte appartenait presque au domaine du mythe.

Une cité devenue symbole.

Une idée plus qu'un lieu réel.

Mais jamais il n'avait imaginé voir la véritable cité de ses propres yeux.

Jamais il n'avait pensé qu'un jour il se tiendrait sur une colline de Grèce antique, observant la ville qui avait donné naissance à tant de récits.

Et pourtant...

Elle était là.

Réelle et bien vivante.

Une légère brise agitait les herbes autour de lui.

Au loin, il distinguait les champs cultivés qui entouraient la cité.

Des paysans travaillaient sous le soleil.

Des troupeaux se déplaçaient lentement dans les pâturages.

De fines colonnes de fumée montaient vers le ciel depuis plusieurs habitations.

Tout semblait paisible.

Ordinaire.

Et c'était précisément ce qui le frappait.

L'Histoire, lorsqu'on la lisait dans un livre, semblait toujours composée de grands événements.

De batailles.

De rois.

De héros.

Mais la réalité était différente.

La réalité était faite de gens qui vivaient simplement leur vie.

Qui travaillaient.

Qui mangeaient.

Qui riaient.

Qui ignoraient encore qu'ils deviendraient un jour des personnages étudiés pendant des millénaires.

Alaric resta plusieurs minutes immobile à contempler la ville.

Puis il reprit sa marche.

À mesure qu'il approchait, une chose le surprit.

Sparte n'avait rien de la ville monumentale qu'il avait imaginée.

Pas de murailles gigantesques.

Pas de palais démesurés.

Pas de monuments impressionnants visibles de loin.

La cité paraissait presque simple.

Austère.

Pratique.

Comme si tout avait été construit pour être utile plutôt que beau.

Cette vision correspondait finalement assez bien à l'image qu'il avait des Spartiates.

Mais la voir de ses propres yeux produisait un effet étrange.

Dans son esprit moderne, une grande puissance devait forcément afficher sa richesse.

Montrer sa force.

Impressionner les visiteurs.

Sparte semblait faire exactement l'inverse.

Elle n'essayait pas d'impressionner.

Elle n'en ressentait pas le besoin.

Comme si sa réputation suffisait.

Comme si ses habitants considéraient que les murailles les plus solides étaient les hommes eux-mêmes.

Cette pensée lui arracha un léger sourire.

Même après toutes ces années, certaines idées traversaient les siècles.

Vers midi, il atteignit les premiers quartiers.

L'activité était importante.

Des artisans travaillaient le bois.

Le bruit régulier des outils résonnait dans les rues.

D'autres forgeaient des outils ou des pièces métalliques dans des ateliers ouverts.

La chaleur des fours se répandait jusque sur les chemins voisins.

Des marchands discutaient sous des auvents.

Certains interpellaient les passants.

D'autres négociaient avec animation.

Des citoyens circulaient dans les rues.

Des femmes transportaient des paniers.

Des enfants couraient entre les bâtiments avant d'être rappelés à l'ordre.

Partout, la vie suivait son cours.

Mais ce qui attira immédiatement l'attention d'Alaric fut autre chose.

Les soldats.

Ils étaient partout.

Pas forcément en grand nombre.

Mais suffisamment pour être remarqués.

Des hommes robustes.

Disciplinés.

Leur simple façon de marcher différait de celle des autres habitants.

Leurs mouvements semblaient plus précis.

Plus contrôlés.

Plus assurés.

On sentait immédiatement qu'ils avaient passé leur vie à s'entraîner.

Même lorsqu'ils ne faisaient rien.

Même lorsqu'ils discutaient simplement entre eux.

Leur posture.

Leur regard.

Leur manière de se tenir.

Tout trahissait des années de discipline.

Alaric comprit alors quelque chose.

À Sparte, être soldat n'était pas un métier.

C'était une identité.

Alors qu'il avançait dans une rue principale, un groupe de jeunes hommes traversa la place voisine au pas de course.

Tous portaient de lourds boucliers d'entraînement.

Leurs instructeurs hurlaient des ordres.

Même sans comprendre chaque mot, Alaric saisissait parfaitement le ton.

Discipline.

Exigence.

Effort.

Les jeunes hommes continuaient malgré la fatigue visible sur leurs visages.

Leurs jambes semblaient lourdes.

Leurs épaules tremblaient sous le poids des équipements.

La sueur coulait abondamment.

Pourtant personne ne se plaignait.

Personne ne ralentissait.

Chaque fois que l'un d'eux semblait perdre du rythme, les cris des instructeurs redoublaient immédiatement.

Alaric resta quelques instants à les observer.

Il se souvenait vaguement de ce qu'il avait appris sur l'agogè.

L'éducation spartiate.

Une formation réputée pour sa dureté.

En la voyant de ses propres yeux, il comprenait mieux pourquoi.

Ce n'était pas simplement un entraînement militaire.

C'était une manière de façonner des hommes.

De les transformer.

Puis il reprit sa marche.

Plus tard dans l'après-midi, il trouva une auberge modeste où passer la nuit.

Le bâtiment était simple.

Construit en pierre et en bois.

L'intérieur sentait la fumée, le vin et les repas récemment préparés.

Le propriétaire lui loua une place contre quelques pièces obtenues grâce à la bourse offerte par l'ancien du village.

Alaric ressentit une pointe de gratitude en pensant au vieil homme.

Sans cette aide, son voyage aurait été bien plus difficile.

Après avoir mangé, il ressortit explorer la cité.

Il voulait tout voir.

Tout comprendre.

De chaque rue à chaque bâtiment.

Chaque détail.

Parce qu'il savait qu'il vivait quelque chose d'unique.

Il observa les places publiques.

Les ateliers.

Les habitations.

Les temples.

Il écouta les conversations sans toujours les comprendre.

Il mémorisa les visages.

Les habitudes.

Les odeurs.

Les sons.

Comme s'il craignait d'oublier.

Comme si chaque instant possédait une valeur particulière.

Et peut-être était-ce le cas.

Le lendemain matin, ses pas le conduisirent près d'un vaste terrain d'entraînement.

Cette fois, il s'arrêta pour de bon.

Des dizaines de jeunes Spartiates s'exerçaient sous la supervision de vétérans.

Course.

Lutte.

Combat au bâton.

Maniement de la lance.

Le spectacle était fascinant.

Et brutal.

Les instructeurs ne faisaient preuve d'aucune indulgence.

Les erreurs étaient corrigées immédiatement.

Parfois durement.

Très durement.

Un jeune homme fut projeté au sol après une mauvaise prise.

Un autre reçut une correction sévère pour avoir relâché sa garde.

Personne ne protestait.

Personne ne discutait les ordres.

La discipline semblait absolue.

Alaric resta captivé.

Il avait déjà vu des entraînements sportifs dans son ancienne vie.

Des salles de musculation.

Des clubs de combat.

Des équipes professionnelles.

Mais rien de comparable.

Ici, les enjeux étaient différents.

Ces hommes ne s'entraînaient pas pour gagner une compétition.

Ils s'entraînaient pour survivre à la guerre.

Pendant plusieurs heures, Alaric resta à observer.

Le soleil monta progressivement dans le ciel.

La chaleur augmenta.

Pourtant les exercices continuaient.

Sans interruption.

Puis un détail attira son attention.

Un groupe de recrues s'entraînait à porter de lourdes charges.

L'un d'eux trébucha.

Le chargement tomba.

Dans un bruit sourd.

L'instructeur explosa de colère.

Sa voix porta à travers tout le terrain.

Le jeune homme tenta de se relever.

Mais ses jambes tremblaient.

Il était épuisé.

Complètement épuisé.

Ses bras semblaient incapables de soutenir davantage d'efforts.

Pendant une seconde, Alaric hésita.

Ce n'était pas son affaire.

Il n'était qu'un étranger.

Un observateur.

Pourtant quelque chose en lui refusa de rester immobile.

Avant même qu'Alaric ne réalise ce qu'il faisait, il s'avança.

Puis il souleva le chargement tombé au sol.

Le silence tomba immédiatement.

Les recrues cessèrent leurs mouvements.

L'instructeur tourna lentement la tête.

Et fixa l'étranger blond.

Pendant quelques secondes, personne ne parla.

Le contraste était saisissant.

Quelques instants plus tôt, le terrain résonnait de cris et de bruits d'entraînement.

Maintenant, seul le vent semblait encore bouger.

Puis l'instructeur s'approcha.

L'homme était impressionnant.

Plutôt âgé.

Plus massif.

Son visage portait plusieurs cicatrices.

Certaines anciennes.

D'autres plus récentes.

Son regard était dur.

Habitué à juger les hommes en quelques secondes.

Il observa Alaric de haut en bas.

Longuement.

Puis il désigna la charge.

Et parla.

Alaric comprit seulement une partie.

Mais le sens était évident.

Pourquoi intervenais-tu ?

Alaric hésita.

Puis répondit dans son grec encore imparfait :

— Je voulais aider.

Quelques recrues laissèrent échapper un rire discret.

L'instructeur, lui, ne riait pas.

Du tout.

Il observa Alaric quelques secondes supplémentaires.

Puis son regard s'arrêta sur sa taille.

Sur ses épaules.

Sur sa carrure.

Depuis son arrivée à Sparte, Alaric avait déjà remarqué qu'il attirait l'attention.

Avec son mètre quatre-vingt-cinq, il dépassait une grande partie des hommes qu'il croisait.

Sans être un géant, il était clairement au-dessus de la moyenne.

Et ici, parmi des guerriers qui accordaient une grande importance au physique, cela ne passait pas inaperçu.

L'instructeur finit par poser une question simple :

— Tu sais te battre ?

Alaric resta silencieux.

Puis répondit honnêtement :

— Non.

Quelques recrues éclatèrent de rire.

Cette fois plus franchement.

Certaines échangèrent même des regards amusés.

L'instructeur ne bougea pas.

Puis il désigna un bâton d'entraînement posé près du terrain.

— Prends-le.

Alaric sentit immédiatement que cette journée allait devenir beaucoup plus compliquée.

Autour d'eux, les recrues commencèrent à se rassembler.

Curieuses.

Amusées.

Certaines affichaient déjà un sourire moqueur.

Pour elles, l'issue semblait évidente.

Un grand étranger.

Aucune formation.

Aucune expérience militaire.

Face à un instructeur spartiate.

Le résultat ne faisait aucun doute.

Alaric saisit lentement le bâton.

Le bois était rugueux sous ses doigts.

Plus lourd qu'il ne l'avait imaginé.

Son cœur accélérait.

Pas parce qu'il avait peur.

Enfin...

Pas seulement.

Mais parce qu'il comprenait qu'il se trouvait à un moment charnière.

Depuis son arrivée dans ce monde, il avait appris à survivre.

À parler.

À s'adapter.

À comprendre les règles de cette époque.

Mais il avait évité une réalité essentielle.

Ce monde était dangereux.

Et il ne pourrait pas toujours compter sur la chance.

Peut-être était-il temps d'apprendre autre chose.

Quelque chose qui lui serait indispensable dans les années à venir.

L'art du combat.

Sans le savoir, les recrues qui l'entouraient assistaient à quelque chose d'insignifiant à leurs yeux.

Un simple étranger sur un terrain d'entraînement.

Mais pour Alaric, cet instant avait une importance immense.

Parce qu'il marquait le début d'un nouveau chapitre.

Le moment où il cesserait d'être seulement un survivant.

Pour devenir autre chose.

Et sans le savoir, Alaric venait de faire le premier pas vers le chemin qui le mènerait un jour aux Thermopyles.

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